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Cours de formation générale : séquence B/1

Comme tous les cours de formation générale, cette page comprend 3 unités :

  1. Le cours de théologie biblique (seuls les titres de chapitre sont actuellement disponibles)
  2. Le cours de doctrine ;
    accompagné des lectures complémentaires
    (à télécharger)
  3. Le cours d'histoire de l'Eglise (ou plus exactement les fiches distribuées lors des cours)

1.

Plan du cours de théologie biblique (B/1)
sur la période des rois Saül, David et Salomon


1/ AMBIVALENCE DE LA ROYAUTÉ D'ISRAËL

a/ La demande d'un roi : l'aveu d'un échec

b/ Dieu s'investit néanmoins dans ce pouvoir royal

c/ L'apogée de l'histoire nationale d'Israël

d/ Force et faiblesse de la royauté

2/ LE TEMPLE : SIGNE DE LA MÊME AMBIVALENCE

a/ Une religion aboutie

b/ Une religion centralisée

c/ Un Dieu présent mais toujours inaccessible

 

2.

Cours de doctrine B/1
SOUVERAINETE DE DIEU, PREDESTINATION ET LIBERTE HUMAINE

La doctrine de la prédestination a régulièrement posé problème dans le passé, et inquiète souvent les chrétiens d’aujourd’hui. L’Ecriture est pourtant claire sur le sujet ; il convient de l’écouter avec une intelligence ouverte et une volonté docile à la Parole du Seigneur.

DIEU EST L’UNIQUE SOUVERAIN SUR L’ENSEMBLE DE LA REALITE

- Le premier commandement (Ex 20/3) nous invite à confesser que Dieu est le seul Dieu. Il est en effet le Seigneur des seigneurs (Dt 10/17), le Prince des princes (Dn 8/25), le Roi des rois (l Ti 6/15) ; le " pantocrator ", c’est-à-dire le tout-puissant (Ap 1/8, 4/8 etc.). C’est ainsi que le Christ est présenté comme le chef de toute autorité, de tout pouvoir, de toute puissance sur la terre et dans le ciel (Col 2/l0, Mt 28/18).

- Cette toute-puissance est manifeste premièrement dans l’œuvre de la création. Celle-ci est entièrement l’expression de sa volonté. Dieu dit, et la chose arrive (Gn 1/3 etc.). L’acte créationnel de Dieu ne s’est heurté à aucun obstacle et n’a été livré à aucune incertitude.

- Elle est ensuite affirmée dans le déroulement des faits qui surviennent dans le temps. Dieu n’a pas abdiqué sa souveraineté après l’acte de la création ! Bien au contraire nous voyons dans l’Ecriture que tout ce qui arrive n’est, ni le simple résultat d’un fonctionnement mécanique autonome de l’univers, ni le surgissement d’événements indéterminés (Ps l04/l0, 13, 20, 27, 1Rs 22/13-17 et 29-36), mais l’expression de sa volonté. La création reste, dans le temps, sous l’autorité complète de Dieu de telle sorte que le prévisible et le hasardeux ne sont que des formes différentes de son gouvernement sur toutes choses. Cette réalité a été désignée en théologie par le concept de " providence " (cf. Confession de Foi de la Rochelle, article 8).

- Il est important d’insister sur le fait que la Providence concerne tout ce qui arrive, et non pas seulement les grands événements de l’histoire (Mt l0/29-30, Ps 139/16). D’ailleurs, qui pourrait tracer la limite entre des faits mineurs et des faits majeurs ? La grande histoire est tellement liée à la petite qu’Henri Blocher a raison de dire " Qu’il faut à Dieu décider du nez de Cléopatre s’il veut déterminer la face du monde " !

LA PREDESTINATION

- Le dernier cap à franchir pour confesser la pleine souveraineté du Dieu unique, c’est de reconnaître avec l’Ecriture que les décisions humaines, elles-mêmes, n’échappent pas à sa volonté. C’est Dieu qui incline le cœur du roi (Pr 21/1), c’est lui qui endurcit (Ex 4/2l ; Rm 11/8) ou qui ramène à l’obéissance (Ez 36/26-27), ainsi " c’est le Seigneur qui dirige la vie de l’homme " (Pr 20/24).

- Le verbe " prédestiner " (proorizo) apparaît plusieurs fois dans le Nouveau Testament pour parler tout aussi bien de notre élection en Jésus-Christ (Ep 1/4-5, 11) que pour évoquer l’activité négative de ceux qui concourent malgré eux à la réalisation du plan de Dieu (Ac 4/28). Il est à distinguer de la " prescience " ou de la " pré-connaissance " (prognosis) dont il est fait mention à plusieurs reprises également (Ac 2/23 ; 1 Pi 1/2).

- Dans le domaine du salut et de l’élection, la tentation consiste à vouloir justifier Dieu en proposant de faire reposer la prédestination sur la prescience. Cette pensée est nettement contredite par la Bible, notamment en Romains 9/10-24. Elle est à rejeter, d’une part parce qu’elle affirme implicitement que Dieu aurait été obligé de se plier à des conditions qui lui auraient été imposées de l’extérieur de lui-même, et d’autre part parce quelle fait réapparaître une notion de mérite dans le salut de l’homme.

- La prédestination est donc la manifestation ultime de la pleine souveraineté de Dieu sur l’ensemble de l’univers. Elle a lieu bien avant notre naissance, avant même la création du monde, avant le temps, dans le " conseil " secret de Dieu.

LIBERTE ET DECISION HUMAINE

- Ces affirmations massives ne doivent en aucune manière nous faire sombrer dans un fatalisme déterministe tout à fait démobilisant. L’Ecriture ne cesse de faire appel à notre sens des responsabilités : " Choisis la vie afin que tu vives " (Dt 30/l9). La relation personnelle que Dieu établit avec l’homme est garante de notre liberté.

- Dans l’histoire, l’homme n’est pas conduit malgré lui vers une destination qu’il n’aurait pas choisi. Ainsi, dans la Bible, aucune tension ne s’exprime entre le fait que c’est Dieu qui opère en nous le vouloir et le faire et l’appel à travailler à notre salut avec crainte et tremblement (Ph 2/12-13).

- La réalisation du plan de Dieu intègre parfaitement les caractéristiques de l’existence humaine de telle sorte que nous ne sommes pas broyés dans une machine implacable mais constamment appelés à nous impliquer de manière responsable. La liberté ne devant être conçue en définitive, non comme un pouvoir quasi divin qui serait en nous et par lequel nous pourrions nous opposer à la souveraineté de Dieu, mais comme une spécificité unique dans toute la création qui qualifie le rapport de dépendance (rapport filial : Jn 8/32 et 34-36) entre Dieu et l’homme.

- " La doctrine de ce profond mystère de la prédestination doit être maniée avec une sagesse et une précaution particulière afin que ceux qui prêtent attention et obéissent à la volonté de Dieu révélée dans sa Parole puissent, dans la certitude de leur vocation efficace, être assurés de leur élection éternelle. Ainsi, à tout ceux qui obéissent sincèrement à l’Evangile cette doctrine donnera matière à louange, respect et admiration ; ainsi qu’humilité, zèle et solide assurance. "

Confession de Foi de Westminster, article 3, § 8.

Lectures complémentaires
à télécharger

de Frank Horton : "L'endurcissement du coeur de Pharaon" in Ichthus 1981/3 (voir note ci-dessous) ; les pages 24 à 28
&
d' Henri Blocher : "Souveraineté de Dieu et décision humaine" in Ichthus n°71/1977 (voir note ci-dessous) ; les pages 2 à 9


document RTF de 57 ko

Note : plusieurs articles ou extraits d'articles proposés dans ce site sont issus de la revue Ichthus. Tout en remerciant vivement leurs auteurs, nous devons indiquer que cette Revue a malheureusement cessé de paraître en 1986.

3.

Histoire de l'Eglise (B/1)

Les documents ci-dessous sont essentiellement issus d'un dossier catéchétique publié au début des années 70 par la Société des Ecoles du Dimanche et intitulé : "30 fiches d'histoire de l'Eglise". Ce dossier n'est plus édité.

Tentatives de réforme de l'Église

K Après l'effondrement de l'empire carolingien, l'Eglise d'occident se réforme et retrouve vigueur et autorité.

K Des tentatives de retour à une vie plus évangélique se manifestent à la fois dans des réformes de la vie monastique et dans la naissance de mouvements en marge de l'église, en particulier les Vaudois et les Cathares.

L La papauté connaît une lutte violente avec l'empire.


I. - REFORME DE LA VIE MONASTIQUE.

1. - Le Moyen Age est une époque de grands remous. L'Eglise est très puissante et très active, mais ses interventions dans la vie des peuples et des individus ne sont pas toujours heureuses.
D'une part, l'Église devient trop riche et trop autoritaire, et, d'autre part, elle se laisse envahir par des enseignements contraires aux saintes Ecritures (culte de Marie et des saints, système des indulgences, par exemple).

2. - Pourtant le courant évangélique n'est pas tari. Des réformes heureuses sont accomplies dans les couvents en vue d'une plus grande conformité aux exigences de Dieu. Le couvent de Cluny (Bourgogne) montre la voie, et beaucoup de monastères adoptent cette " réforme de Cluny ".

3. - Au XIe siècle de nouveaux ordres voient le jour, qui manifestent un profond désir de renouvellement de la vie rnonastique :

- Bruno fonde l'ordre des Chartreux qui s'installe à la Grande Chartreuse.

- Robert de Molesme fonde un monastère à Cîteaux, près de Dijon (ordre des Cisterciens), selon la règle de Saint-Benoît.

- Bernard, après avoir passé deux années à Cîteaux, fonde une filiale à Clairvaux. Abbé de cette nouvelle communauté à vingt-six ans, il voit dans la vie monastique la possibilité d'un renoncernent total, d'un don sans cesse renouvelé dans l'abstinence, le jeûne, le travail, la soumission, la pauvreté, le célibat. Ce qui caractérise Bernard de Clairvaux c'est son humilité, sa dépendance totale du Christ, sa connaissance de l'Ecriture, la richesse de sa méditation et de sa prière, son amour de Dieu et du prochain. Mais s'il est un contemplatif, c'est aussi un homme d'action qui marque la vie de l'Église pendant un quart de siècle.
Bernard réforme les monastères, combat les guerres privées, défend l'Eglise contre les hérétiques (Arnaud de Brescia, Abélard) et contre elle-même. Prédicateur de la seconde Croisade à Vézelay, il souffre beaucoup de l'échec de cette croisade. Il meurt en 1153.

4. - Les tentatives de réforme ne se limitent pas aux monastères ; des prêtres, des évêques, et même des papes comme Léon IX et Grégoire VII sont touchés par la volonté de réformer l'Eglise. Mais ce sont des réformes limitées qui ne transforment pas l'ensemble de l'Eglise d'occident.


II. - LA LUTTE DE LA PAPAUTE ET DE L'EMPIRE.

1. - Depuis l'alliance conclue entre le pape et les rois francs au VIIIe siècle, le pape possède des états au même titre que les rois ou les princes. Si bien que l'évêque de Rome en vient à revendiquer un pouvoir temporel à côté du pouvoir spirituel.
Par ailleurs certains rois et certains princes peuvent, nommer un membre du clergé à la tête d'un évêché ou d'une abbaye ; comme ce droit d'investiture donne souvent lieu à de scandaleux trafics et limite l'autorité du pape, un conflit violent oppose la papauté à l'empire au cours des XIe et XIIe siècles.

2. - Après avoir collaboré avec plusieurs papes, Hildebrand, moine de Cluny, est porté au siège pontifical par acclamation populaire et prend le nom de Grégoire VII (1073-1085).
Il poursuit la lutte entreprise par ses prédécesseurs contre les rois, en particulier contre Henri IV, empereur du Saint Empire germanique, auquel il veut enlever le droit d'investiture. L'empereur refuse de se soumettre au décret qui lui enlève ce droit et dépose le pape. Grégoire VII excommunie Henri IV, ce qui délie les sujets de leur serment de fidélité à l'empereur. En janvier 1077 Henri IV va à Canossa. Pendant trois jours il reste dans la cour, tête découverte et pieds nus, frappant en vain à la porte d'entrée. Humiliation de l'empereur, exaltation de l'Eglise romaine, du moins à première vue. En fait l'humiliation de Canossa marque le début d'une ère de troubles. Henri IV, excommunié une seconde fois, vient en Italie nommer un antipape. Grégoire VII, qui a fui, revient sous la protection des Normands, lesquels pillent Rome. Devant la colère des Romains le pape s'enfuit; il meurt à Salerne en 1085.

3. - La querelle dite " des investitures " se poursuit encore pendant cinquante ans et s'achève par un compromis. Mais la lutte entre le pouvoir civil et le pouvoir spirituel n'est pas terminée pour autant.


III. - PIERRE VALDO LES VAUDOIS.

1. - Aux XIIe et XIIIe siècles plusieurs mouvements réformateurs font leur apparition, avec pour idéal un retour aux pratiques et à la simplicité de l'Eglise apostolique.

L'un des plus importants de ces mouvements est celui des Pauvres de Lyon, appelés communément Vaudois, du nom de son inspirateur, Pierre Valdo.

2. - Pierre Valdo (environ 1140-1215), riche bourgeois de Lyon, connaît la double vocation de pauvreté et de prédication. Il quitte son métier, sa famille, sa cité, groupant à son côté un certain nombre de partisans, pour mener avec eux la vie communautaire des premiers chrétiens. Méprisés par les uns comme des sortes de fous, injuriés comme prêchant l'Evangile sans ordre, les Vaudois progressent quand même et se dispersent dans les régions les plus diverses : Dauphiné, Languedoc, Provence, Italie du Nord, Lorraine, Allemagne, juqu'en Bohême, où meurt Valdo.
Interdite par l'archevêque de Lyon, condamnée par le concile du Latran, l'oeuvre de Valdo se poursuit malgré de nombreuses persécutions.


IV. - LES CATHARES.

1. - Des mouvements réformateurs, à première vue parallèles aux Vaudois, voient le jour à la fin du XIIe siècle et au XIIIe siècle. Mais ils sont loins d'avoir toujours la pureté évangélique des Pauvres de Lyon. Parmi ces mouvements les Cathares ou Albigeois tiennent une place importante.

2. - Contre eux, l'Eglise catholique use d'abord de douceur (c'est en vue de leur conversion qu'est fondé l'ordre des Dominicains ou Frères Prêcheurs, à Toulouse, 1215) ; mais les violences suivent de bonne heure ; on organise, pour les mater, la fameuse Inquisition, confiée aux dominicains.

3. - La croisade est aussi prêchée contre les Cathares. C'est la tristement célèbre Croisade des Albigeois.

 

THEMES DE TRAVAUX ET DE RECHERCHES.

1. Chercher et étudier des passages bibliques insistant sur la pauvreté des disciples du Christ, pauvreté mise en premier plan par les Vaudois. (Voir en tout cas Luc 6 : 20 - Jacques 2 : 5 - 2 Corinthiens 8 : 9).

2. Pour les moines le célibat est un état obligatoire. Chercher et étudier des passages bibliques qui parlent du célibat. En quoi ce célibat est-il lié à une vocation reçue de Dieu ? (Voir en tout cas Matthieu 19 : 1-12 et 1 Corinthiens 7.)

Documents :


TEMOIGNAGE SUR LES VAUDOIS

Les Vaudois tirent leur nom du premier auteur de cette hérésie, qui se nommait Pierre de Valdo. On les appelle aussi les " Pauvres de Lyon ", parce que c'est à Lyon qu'ils ont commencé à faire profession de pauvreté. Ils se donnent le nom de " pauvres en esprit ", parce que le Seigneur a dit : Heureux les pauvres en esprit.

Je vais dire ce que je sais sur l'origine de cette secte, d'après ce que j'ai entendu dire à des personnes qui avaient connu les premiers Vaudois, en particulier à un prêtre de Lyon qui était devenu l'ami de nos frères et qui se nommait Bernard Ydros. Ce prêtre, quand il était jeune, faisait le métier d'écrivain. Moyennant finance, il écrivit en langue vulgaire, pour ledit Valdo, les premiers livres de la Bible. Un grammairien, appelé Etienne de Ansa, traduisait et dictait : Ydros n'avait plus qu'à écrire. Ce Valdo était un riche bourgeois de Lyon qui aimait à entendre l'Evangile. Comme il désirait comprendre ce qui y était dit et qu'il n'était pas assez instruit pour en saisir le sens, il fit, avec les deux prêtres en question, le marché suivant : l'un traduirait et dicterait, l'autre écrirait sous sa dictée. Ils purent ainsi lui fournir de nombreux livres de la Bible et un important recueil des maximes des saints. Valdo les sut bientôt par coeur.

Il se proposa alors de faire revivre la perfection évangélique, telle que les apôtres l'avaient pratiquée. Ayant vendu tout son bien, il jetait son argent aux pauvres et, usurpant les fonctions des apôtres, il s'en allait, par les places et par les rues, prêcher l'évangite et réciter ce qu'il avait appris par coeur. Il se fit ainsi de nombreux disciples parmi les hommes et parmi les femmes. Tout illettrés qu'ils étaient, ceux-ci se répandaient dans les campagnes, entraient dans les maisons et, prêchant sur les places et jusque dans les églises, engageaient ceux qui les écoutaient à suivre leur exemple.

Comme ils répandaient tout autour d'eux l'erreur et le scandale, ils furent cités à comparaître devant l'archevêque de Lyon, Jean-aux-Blanches-Mains, qui leur lit défense d'enseigner et de prêcher les Saintes Ecritures. Mais ceux-ci eurent recours à la parole de l'Apôtre ; leur chef répondit comme saint Pierre répondit aux princes des prêtres : Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Car c'est lui qui a dit aux apôtres : Prêchez l'Evangile à toutes créatures. Valdo et ses compagnons tombèrent donc de la présomption à l'usurpation des fonctions apostoliques, dans la désobéissance, et de la désobéissance dans la rebellions ce qui leur valut une sentence d'excommunication.

ETIENNE DE BOURBON.

1. Pourquoi, selon la chronique du dominicain Etienne de Bourbon (un des adversaires des Vaudois, mort en 1267), est-on obligé, à l'époque de Valdo, de faire traduire et écrire la Bible ?

2. Les Vaudois répandent-ils des erreurs ? Pourquoi l'archevèque leur défend-il de prêcher ?

3. En quoi consiste l'idéal des Vaudois ? Est-il évangélique ? Chercher des textes de l'Evangile qui mettent en lumière la fidélité évangélique des Vaudois.

 

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Les Croisades

L Du XIe au XIIIe siècle un certain nombre d'expéditions au Moyen-Orient, ou Croisades, marquent la vie de l'église et de tous les pays d'occident.

L Conçues pour des raisons souvent très diverses ces Croisades débutent par l'appel du pape français Urbain II en 1095 et s'achèvent à la mort de Louis IX à Tunis en 1270.

K Leur échec trouble profondément l'église d'occident qui sent de plus en plus la nécessité de réformes profondes.


I. - POURQUOI LES CROISADES ?

1. - La foi ardente des chrétiens du Moyen Age explique bien les aspects des Croisades.

Nous sommes dans un temps où, à part quelques rares exceptions individuelles, tout le monde a la foi et vit dans le cadre de l'Église. Pour cette foi il vaut la peine de se sacrifier, et même à la limite extrême, de donner sa vie. Les pèlerinages en Terre sainte sont de vastes mouvements populaires qui expriment cette foi ardente ; il ne s'agit pas d'un acte de piété rituelle, sinon obligatoire, comme chez le musulman : le pèlerinage est un renoncement à soi-même, une occasion de mieux connaître et de mieux imiter son Seigneur en contemplant les lieux où Il a vécu.

2. - Par ailleurs l'Eglise connaît un temps de stabilité, les réformes monastiques ayant porté des fruits et un équilibre de forces s'étant établi entre le pouvoir des papes et le pouvoir des rois et des empereurs.
La papauté cherche alors à affermir son autorité aussi bien dans le domaine temporel que dans le domaine spirituel. Les Croisades permettent à la papauté un affermissement temporel qui était impensable cinquante ans plus tôt. D'ailleurs les terres reconquises sur les infidèles, que ce soit en Espagne ou en orient, doivent revenir au Saint-Siège qui devient de plus en plus une puissance d'ordre terrestre, sinon d'ordre féodal.
En fait c'est le pape qui est le chef spirituel et aussi temporel de la Croisade. L'empereur d'Allemagne Henri IV est sous le coup de l'anathème, le roi de France Philippe Ier est excommunié, et le roi d'Angleterre ne se soumet guère à l'autorité pontificale. Le pape prend donc la direction des opérations par l'intermédiaire de son légat.

3. - Après la conquête des Lieux saints au VIIe siècle, les Arabes sont en général tolérants à l'égard des pèlerins ; ils respectent les monuments de Jérusalem, la Ville, sainte. C'est ainsi que le calife Haroun al-Rachid entretient des rapports amicaux avec Charlemagne à qui il remet les clés du Saint-Sépulcre. Certes les pèlerins doivent payer pour connaître le privilège de voir les Lieux saints ; mais la situation, est acceptable jusqu'au début du XIe siècle où en 1009 le saint-sépulcre et beaucoup d'églises chrétiennes, sont détruits par les Arabes. Dès lors les rapports entre chrétiens et Arabes deviennent tendus. Les pèlerinages deviennent très difficiles.

4. - Les Turcs Seldjoucites font leur apparition. Venus des steppes de l'est ils envahissent l'Arménie, l'Asie Mineure, la Syrie; en s'imposant au monde arabe, ils apportent un sang nouveau à des peuples qui avaient perdu de leur combativité.

5. - L'occident se sent donc concerné quand l'empereur d'orient demande l'aide de la chrétienté occidentale.
Pour les chrétiens qui partent vers l'orient il s'agit de réparer une injustice, de libérer des frères chrétiens douloureusement brimés ; il n'est pas question pour eux de conquête, mais de délivrance et de reconquête.

6. - Les Croisades ne sont qu'un aspect de la lutte contre le monde arabe. Les côtes méditerranéennes ont été longtemps sous la menace des Sarrasins ; les chrétiens, selon un historien arabe, ne pouvaient plus " faire flotter une planche " en Méditerranée. C'est seulement au XIe siècle que la vie devient normale sur les côtes méditerranéennes.


II. - LES CROISADES.

1. - La première Croisade.
Le pape français Urbain II préside en 1095 le concile de Clermont en Auvergne. Plus de deux cents évêques sont présents. Quand le concile se termine après qu'un certain nombre de dispositions disciplinaires aient été prises, Urbain II sort de l'église où l'on s'est réuni et harangue la foule. Il appelle les chrétiens à prendre les armes et à partir vers les Lieux saints.

2. - La seconde Croisade.
A Vézelay, en 1146, Bernard de Clairvaux prêche la seconde Croisade en présence du roi de France puis va trouver Conrad III empereur d'Allemagne, qui accorde son aide. Mais cette croisade, à la suite de divisions internes, est un très dur échec.

3. - Les autres Croisades.
La 3e
qui veut reprendre Jérusalem aux mains de Saladin est menée par Richard Coeur de Lion, roi d'Angleterre, Philippe-Auguste, roi de France, Frédéric Barberousse, empereur d'Allemagne.
La 4e et la 5e sont menées pour défendre le royaume chrétien de Jérusalem.
La 6e et la 7e, animées par Louis IX, se terminent par un échec, Louis IX mourant à Tunis en 1270.

 

THEMES DE TRAVAUX ET DE RECHERCHES.

1. L'impératrice Hélène, mère de Constantin, s'était rendue au IVe siècle sur les Lieux saints. Plus tard Jérôme fit beaucoup pour redonner à la Terre sainte toute sa valeur. Est-il légitime que les chrétiens s'intéressent particulièrement aux lieux où vécut Jésus-Christ ? Pourquoi ?

2. Jamais le terme croisade n'a été utilisé au Moyen Age pour parler des expéditions vers les lieux saints. On parlait de "Voie de la Croix ", chemin de Jérusalem, passage, voyage, pèlerinage. Pourquoi a-t-on utilisé ultérieurement le mot croisade? Est-ce justifié ?

3. Actuellement on utilise le mot croisade de façon plus large. Pouvez-vous citer quelques exemples d'utilisation actuelle du mot croisade ? Cette utilisation vous sernble-t-elle fidèle à l'origine du mot ? Pourquoi ?

Documents :


APPEL DU PAPE URBAIN (Extraits)

Bien-aimés Frères,

Poussé par les exigences de ce temps, moi, Urbain, portant par la permission de Dieu la tiare pontificale, pontife de toute la terre, suis venu ici vers vous, serviteurs de Dieu, en tant que messager pour vous dévoiler l'ordre divin. Il est urgent d'apporter en hàte à vos frères d'orient l'aide si souvent promise et d'une nécessité si pressante. Les Turcs et les Arabes les ont attaqués et se sont avancés dans le pays de ces chrétiens, les ont par sept fois vaincus en bataille, en ont tué et fait captifs un grand nombre, ont détruit les églises et dévasté le royaume. Si vous les laissez à présent sans résister, ils vont étendre leur vague plus largement sur beaucoup de fidèles serviteurs de Dieu.

C'est pourquoi je vous prie et exhorte - et non pas moi, mais le Seigneur vous prie et exhorte - comme hérauts du Christ, les pauvres comme les riches, de vous hâter de chasser cette vile engeance des régions habitées par nos frères et d'apporter une aide opportune aux adorateurs du Christ. je parle à ceux qui sont présents, je le proclamerai aux absents, mais c'est le Christ qui commande.

Si ceux qui iront là-bas perdent leur vie pendant le voyage sur terre ou sur mer ou dans la bataille contre les païens, leurs péchés seront remis en cette heure ; je l'accorde par le pouvoir de Dieu qui m'a été donné.

Que ceux qui étaient auparavant habitués à combattre méchamment, en guerre privée, contre les fidèles, se battent contre les infidèles, et mènent à une fin victorieuse la guerre qui aurait dû être commencée depuis longtemps déjà ; que ceux qui jusqu'ici ont été brigands deviennent soldats ; que ceux qui ont été autrefois mercenaires pour des gages sordides gagnent à présent les récompenses éternelles ; que ceux qui se sont épuisés au détriment à la fois de leur corps et de leur àme s'efforcent à présent pour une double récompense. Qu'ajouterai-je ? D'un côté seront les misérables, de l'autre les vrais riches ; ici les ennemis de Dieu, là ses amis. Engagez-vous sans tarder ; que les guerriers arrangent leurs affaires et réunissent ce qui est nécessaire pour pourvoir à leurs dépenses ; quand l'hiver finira et que viendra le printemps, qu'ils s'ébranlent allégrement pour prendre la route sous la conduite du Seigneur.

1. L'appel du pape trouve son origine en la volonté de qui ? Est-ce important, même si c'est discutable ?
2. Quelles sont les raisons invoquées par Urbain II pour lancer cet appel ?
3. Quelles promesses particulières le pape fait-il à ceux qui s'en iront ? Qu'en penser ?
4. Qui sera le véritable conducteur de cette " voie de la croix " ? Qu'en penser ?

 

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François d'Assise

 

J Au début du XIIIe siècle Dieu appelle François d'Assise à une consécration et à une pauvreté totales, à l'annonce de l'Evangile parmi les populations de tous les pays.

K On assiste alors à la naissance d'ordres mendiants, en particulier les Franciscains (François d'Assise en Italie) et les Dominicains (Dominique en Espagne).

J Le XIIIe siècle est aussi une époque de renouvellement intellectuel, artistique, spirituel, époque marquée par la théologie du dominicain Thomas d'Aquin.


I. - FRANÇOIS D'ASSISE.

1. - François d'Assise naît, comme son nom l'indique, à Assise (1182). Fils d'un riche marchand, il connaît une jeunesse insouciante, aventureuse, et devient chevalier. Mais au cours d'une guerre contre Pérouse il est fait prisonnier ; un an de captivité et une grave maladie lui donnent l'occasion de réfléchir sur le sens de sa vie. Voulant alors servir le Christ il se met à la disposition de l'Eglise et de ses frères. Humblement il restaure quelques églises en ruine qu'il peut connaître, s'oblige à rester près des lépreux pour les servir. S'il est chevalier, c'est un. chevalier du Christ. Un jour que ses amis, étonnés de ne plus le voir à leurs côtés dans les divertissements de la jeunesse, lui demandent s'il songe à se marier : " Oui, répond François, et la fiancée que je veux conquérir est plus noble, plus riche et plus belle qu'aucune autre femme ". Il veut épouser... Dame Pauvreté.

2. - Dans la petite église de: Saint-Damien, aux environs d'Assise, il reçoit de Dieu l'ordre de rebâtir l'Eglise. François obéit ; pensant qu'il s'agit de l'église où il se trouve, il parcourt rues et places d'Assise pour se faire donner les moyens de travailler à cette construction.

3. - Mais c'est le 24 février 1209 que Dieu lui révèle sa véritable vocation. Alors que François se trouve à la Portioncule, petite chapelle au pied d'Assise, François entend la lecture de l'Evangile du jour : Matthieu 10 : 7-11 où Jésus annonce aux disciples qu'ils doivent aller prêcher dans la pauvreté. Dès lors François devient prédicateur itinérant, le Petit Pauvre (Poverello en italien) qui ne possède plus rien. Bientôt douze compagnons se joignent à lui et, avec l'autorisation du pape, vont de lieu en lieu pour annoncer la Parole de Dieu en vivant dans la pauvreté. ils ont cependant un Premier monastère qu'ils réalisent en construisant quelques chaumières autour de l'église de la Portioncule. Pour les femmes un ordre, les Clarisses, est fondé par une jeune fille d'Assise nommée Claire. Puis un troisième ordre, ou Tiers-Ordre, est organisé pour aider les laïcs à vivre dans leur vie quotidienne les conseils évangéliques remis en vigueur par François.

4. - Après avoir tout d'abord dirigé ses disciples vers l'Ombrie et la Toscane, François les envoie vers les pays voisins, la France, l'Allemagne, la Hongrie par exemple. Lui-même part pour la Palestine, la Terre sainte avec les Croisés. Là il veut annoncer l'Evangile aux musulmans et, après de multiples aventures, comparaît devant le sultan. Il ne convertit pas son interlocuteur ; mais cet épisode de la vie de François est le début des missions en terres lointaines, les Franciscains étant les grands missionnaires du Moyen Age.

5. - L'ordre créé par François s'organise. La Règle de 1221, remaniée en 1223, en fixe définitivement l'organisation.

6. - Chantant une dernière fois le psaume 141 : " 0 Eternel, je t'invoque, accours à mon aide ", François meurt en 1226.


Il. - LES ORDRES MENDIANTS

1. - A la suite de François d'Assise et de ses Frères Mineurs (O. F. M.) ou Franciscains apparaissent d'autres ordres mendiants, en particulier les Dominicains, qui vont fortement influencer la vie religieuse du XIIIe siècle.

2. - Ces ordres voient le jour en une époque difficile : d'une part les hérésies (comme celle des Cathares) et le retour à l'Evangile (comme c'est le cas pour les Vaudois) posent à l'Eglise de nombreux problèmes; d'autre part l'échec des Croisades marque durement l'Eglise.
Mais ces ordres, qu'ils soient Franciscains, Dominicains, Carmélites, Ermites Augustins, influencent profondément les populations au milieu desquelles ils vivent. Soumis à la papauté, dont ils sont souvent les ardents défenseurs, ils enseignent, fondent des Tiers ordres, et participent activement au renouvellement de l'Église.


III. - LE RENOUVEAU DE LA VIE SPIRITUELLE, INTELLECTUELLE, ARTISTIQUE.

1. - La scolastique.

Le renouveau de l'Eglise se manifeste dans la science ecclésiastique. Renouveau nécessaire car la culture carolingienne qui se maintient dans les écoles, les églises et les couvents, manque souvent de vitalité. On se contente de citer les Pères et de conserver les schémas transmis par la tradition. Désormais on essaie de penser la dogmatique et de construire des systèmes dogmatiques qui sont des " Sommes " (du latin summa : résumé).
Anselme de Cantorbéry (1033-1109) peut être considéré comme le pionnier de la scolastique.
Pierre Lombard, qui meurt en 1160 évêque de Paris, écrit un ouvrage que l'on étudie jusqu'à la Réforme : Les Sentences.
Mais le grand théologien scolastique, c'est Thomas d'Aquin (1225-1274). Le " docteur angélique " est un dominicain qui enseigne à Paris, Rome et Naples. Il doit beaucoup à Augustin et à Aristote. Sa renommée vient surtout de la Somme Théologique où, en trois livres, il traite les sujets suivants : Dieu, l'homme, le Rédempteur et les sacrements.

2. - La littérature.

Parmi beaucoup d'oeuvres, citons celle de Dante : la Divine comédie qui nous conduit au Paradis, en Purgatoire et en Enfer ; ce qui permet à l'auteur, farouche adversaire des prétentions temporelles du pape, de nous donner une vision originale des grands personnages de l'histoire.

3. - L'art.

L'influence de l'Eglise est totale en ce domaine. L'art roman cède sa place au gothique vers les XIIe et XIIIe siècles. La sculpture est riche, mais la peinture commence à peine à se développer.

THEMES DE TRAVAUX ET DE RECHERCHES.

1.Etudier Matthieu 10 : 7-11 qui a influencé si fortement François d'Assise. Quel message faut-il apporter aux hommes ? Quels signes faut-il donner pour que le monde reçoive pleinement l'Evangile du salut ?

2. Etudier les trois textes évangéliques qui sont la base de l'ordre franciscain : Matthieu 19 : 21, Luc 9 : 1-6, Marc 8 : 34-36. Montrer quelle est leur importance pour la doctrine franciscaine.

3. Au XXIe siècle peut-on vivre une vie de pauvreté comparable à celle menée par François d'Assise ? Si oui, comment ? Si non, comment comprendre dans ce siècle les indications évangéliques qui ont si profondément marqué François d'Assise.

Documents :


LA JOIE PARFAITE

Un jour d'hiver, saint François allait de Pérouse à Sainte-Marie-des-Anges avec Frère Léon. Le froid était tel qu'ils en souffraient cruellement tous deux.

François appela le Frère Léon qui marchait devant, et lui dit " Frère Léon, quand il plairait à Dieu que les Frères Mineurs donnassent, en tout pays, les plus beaux exemples de sainteté et d'édification, cependant, inscris bien sur tes tablettes que là n'est point la joie parfaite. "
Un peu plus loin, il l'appela de nouveau " 0 Frère Léon, lors même que le Frère Mineur prêcherait tellement bien qu'à sa voix tous les infidèles se convertiraient, sache, note et inscris que là n'est pas encore la joie parfaite. "

Etonné, le Frère Léon dit enfin : " Mon Père, pour l'amour de Dieu, apprends-moi donc où est la joie parfaite. "

Saint François lui répondit : " Tout à l'heure, quand nous arriverons à Sainte-Marie-des-Anges, et que, trempés de pluie, transis de froid, souillés de boue, mourant de faim, nous frapperons à la porte du couvent, si le portier vient à nous, furieux, nous demandant : " Qui êtes-vous ? " et si nous lui disons : " Nous sommes deux de vos frères ! " et qu'il réponde : " Ce n'est pas vrai, vous n'êtes que deux ribauds qui allez trompant tout le monde et dérobant les aumônes des pauvres, partez d'ici ! " et qu'il refuse de nous ouvrir, nous forçant à rester dehors, dans la neige et la pluie, grelottants et affamés, jusqu'à la nuit; eh bien! si nous supportons tant d'injustice et de dureté patiemment, sans trouble ni murmure, pensant avec humilité et charité que ce portier nous connaît sous notre vrai jour, et que c'est Dieu qui l'inspire de la sorte, ô Frère Léon ! écris bien que c'est en cela que consiste la joie parfaite.
Car, parmi toutes les grâces de l'Esprit-Saint que le Christ accorde à ses amis, il n'en est pas de plus grande que de se vaincre soi-même, et de subir volontiers toute sorte de peines et d'opprobres pour l'amour de Dieu. "

FRANÇOIS D'ASSISE.

Les Fioretti (ou Petites Fleurs).

1. Pourquoi le Frère Léon est-il étonné ?
2. Qu'y a-t-il de paradoxal dans l'explication de la joie donnée par François ? Est-ce ainsi que d'ordinaire on définit la joie ?
3. François veut imiter le Christ. En quelles occasions le Seigneur n'a-t-il pas été reçu comme cela aurait dû être ?
4. Quelles sont les plus merveilleuses grâces du Saint-Esprit selon François ?