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Cours de formation générale : séquence C/3

Comme tous les cours de formation générale, cette page comprend 3 unités :

  1. Le cours de théologie biblique (seuls les titres de chapitre sont actuellement disponibles)
  2. Le cours de doctrine ;
    accompagné des lectures complémentaires
    (à télécharger)
  3. Le cours d'histoire de l'Eglise (ou plus exactement les fiches distribuées lors des cours)

1.

Plan du cours de théologie biblique (C/3)
Les paroles de ceux qui achèvent l'histoire sainte
(Paul 1ère partie)

1/ LA PERSONNE INCOMPARABLE DE JESUS-CHRIST

a/ En Jésus-Christ se trouve tout ce dont nous avons besoin

b/ Jésus-Christ est le Seigneur

c/ Il est le chef, ou la tête, de l'Eglise

d/ Il est le Fils de Dieu

e/ Il est le nouvel Adam

2/ LE SALUT PAR GRACE, PAR LE MOYEN DE LA FOI

a/ L'oeuvre nécessaire à notre salut à été accomplie par Jésus-Christ

b/ En conséquence nos oeuvres n'ont pas de valeur rédemptive

c/ Nos oeuvres ne peuvent pas avoir une valeur rédemptive

d/ La foi qui sauve, c'est donc la foi en Jésus-Christ

e/ Cette foi résulte de l'action de Dieu en nous

f/ La foi a une dimension objective

2.

Cours de doctrine C/3
MINISTERES FONDATEURS, MINISTERES D'EDIFICATION
ET ORGANISATION ECCLESIASTIQUE

La présence vivante du Seigneur dans l'Eglise et dans le croyant ne saurait impliquer la loi du spontané et de l'improvisation permanente ! La vie charismatique appelle, prépare et s'épanouit à l'intérieur d'un cadre et dans des règles qui vont permettre l'ordre et la continuité . En d'autres termes, le charisme ne remplace pas l'institution. L'Eglise de la Nouvelle Alliance va donc être dotée (comme le peuple de l'Ancienne Alliance) de structures et de fonctions chargées de participer à sa naissance, à sa croissance et à sa permanence. Toutes n'ont pas une importance semblable, ni même un lien toujours direct avec l'être de l'Eglise (on parlera en théologie de "l'être" ou du "bien être" de l'Eglise), cependant nous devons recevoir de l'Ecriture les indications nécessaires pour l'élaboration de notre propre "appareil ecclésiastique".

APOTRES ET PROPHETES

- Les apôtres de Jésus-Christ ont constitué la première institution de l'Eglise nouvelle en train de naître. Leur désignation (apôtre veut dire "envoyé") comme leur mission (Matt.10/5, Jn.20/21) soulignent que leur rôle est d'être, en fait, les représentants du Christ (Matt.10/40, Luc 10/16), accomplissant à sa suite tout ce que le maître fait (Matt.10/5 à 10).

- Pour réaliser un tel office, ils reçoivent du Seigneur une véritable délégation de pouvoir (Matt.10/1, 16/19, Jn.20/23, Héb.2/3-4), si bien que lorsque le maître aura accompli par sa mort et sa résurrection l'oeuvre de la Rédemption, ils seront appelés à devenir, ou à poser les fondements de l'Eglise nouvelle (Matt.16/18, Apoc.21/14, Eph.2/20).

- Même si l'on ne peut réserver l'appellation d'apôtre aux seuls membres du groupe des 12 - il y a les 72 dont on ne peut nettement trancher le statut, il y a Paul et son compagnon Barnabbas, qui une fois au moins est compris dans l'apostolat (Act.14/14), et il y a les faux apôtres (2 Cor.11/13, Apoc. 2/2) - il n'empèche que les "apôtres de Jésus-Christ" constituent un cercle très particulier grâce auquel la plénitude de la Révélation a été portée à la connaissance de l'Eglise et du monde (Jn.14/26, 16/12 à 15, Act.20/27, Eph.3/5).

- A ce titre, leur ministère est souvent mentionné en compagnie de celui des prophètes (1 Cor.12/28, Eph.2/20, 4/11). On notera à ce sujet que si la présence de prophètes dans l'Eglise de la Nouvelle Alliance est bien attestée par l'Ecriture (Act.13/1, 21/10, 1 Cor.12/28), ceux-ci semblent en quelque sorte suivre et confirmer la révélation portée par les apôtres, si bien que ces derniers peuvent être considérés comme étant les grands prophètes de la Nouvelle Alliance (Rom.16/26, Apoc.22/9).

- De cette fonction particulière, liée à la Révélation d'une part et aux fondements de l'Eglise chrétienne d'autre part, découle le caractère unique des ministères prophétiques et apostoliques. Ceux-ci ne peuvent être reproduits tels quels au cours du temps de l'Eglise. Il n'y a donc pas de succession apostolique au sens où l'entend l'Eglise catholique romaine.

- Certes, l'esprit de la prophétie demeure en l'Eglise (il s'agit même d'une caractéristique essentielle de la Nouvelle Alliance), certes, l'esprit de l'apostolat, l'envoi de chaque chrétien au monde, est une réalité qui demeure, mais les ministères qui ont incarné et ouvert le champ de la prophétie et de l'apostolat ont été donnés une fois pour toutes. Le Nouveau Testament en est témoin : les prophètes encore si présents dans les débuts de l'expansion du christianisme, dans les Actes ou à Corinthe, disparaissent de la scène dans les épîtres pastorales ou "catholiques" plus tardives. Quant aux fils spirituels de l'apôtre Paul, on peut penser à Timothée ou à Tite, l'apôtre se garde bien de leur donner le titre qu'il a tant réclamé pour lui-même ! (1 Cor.9/1-2).

MINISTERE CHARISMATIQUE ET CADRE MINISTERIEL

- Lorsqu'on considère la vie de l'Eglise néo-testamentaire, on doit prendre acte du fait qu'il y a d'une part l'énoncé des vocations particulières que le Christ donne à son Eglise (Eph.4/11), et d'autre part la mise en place d'un cadre institutionnel que l'Eglise se donne afin de formaliser la potentialité charismatique qui se trouve en son sein.

- Ce cadre institutionnel est assez simple et se trouve fortuitement décrit dans l'introduction de l'épître aux Philippiens (1/1). La communauté locale est en effet dotée d'une double institution : celle des "évêques" (ou anciens) et celle des "diacres".

ANCIENS ET DIACRES

- Les anciens (presbutéros) ont un rôle conducteur (1 Thess.5/12, Héb.13/7). Leur autorité est de nature pastorale (Act. 20/28, 1 Pie.5/2), en ce sens qu'ils doivent veiller à ce que le troupeau remis à leur garde doit pouvoir se nourrir de la Parole de Dieu (1 Tim.3/2, 5/17) ; et disciplinaire, en ce sens qu'ils doivent agir de manière à corriger les fautes et les égarements qui pourraient nuire à la vie de la communauté (Tite 3/10, Act.20/29). Leur service apparaît donc comme essentiel.

- Cette institution doit son origine et son appellation à l'organisation traditionnelle du peuple d'Israël (Ex.3/16). Lorsque l'Eglise prendra pied dans un monde non-juif, une nécessaire adaptation de langage fera désigner les membres de ce collège par un autre terme : celui d'évêques (épiscopos). Il importe donc de bien voir qu'évêques et anciens désignent dans le Nouveau Testament la même fonction et les mêmes hommes.

- Sans être tout à fait sûr que ce système a été toujours et partout en vigueur, on peut cependant relever que les Eglises sont ainsi placées sous une direction collégiale. Le Christ demeure, de cette façon, le seul chef de l'Eglise, de toute Eglise, n'ayant ni représentant/vicaire local, ni régional, et encore moins universel.

- On peut considérer que l'office des "diacres" est né, beaucoup plus de la nécessité (Act.6/1 à 6), que d'une véritable pensée structurelle préalable. Leur désignation est d'ailleurs si généraliste (diakonos veut dire aussi "ministre" et "serviteur", et diakonia "ministère" et "service") qu'il est impossible de définir l'étendue de leur tâche à l'époque néo-testamentaire. Toujours est-il que cette structure met en évidence le besoin d'une reconnaissance institutionnelle de certains services accomplis par des fidèles qui n'appartiennent cependant pas au collège des anciens.

PASTEURS, DOCTEURS, EVANGELISTES

- S'il est certain qu'une maturité chrétienne doit être reconnue à ceux que l'Eglise nomme comme diacre ou ancien (1 Tim.3/1 à 13), il demeure néanmoins qu'au-delà de cette qualification minimum, l'Eglise attend du Seigneur qu'il "sur-qualifie" tel ou tel de ses membres pour "faire progresser le corps du Christ dans la foi" (Eph.4/12).

- Ces trois ministères énumérés après les apôtres et les prophètes en Ephésiens 4/11 s'inscrivent donc, non pas à côté de la structure diacre/ancien, mais à l'intérieur de celle-ci. Ainsi, Philippe l'évangéliste était en même temps diacre (ou ancien ?) de l'Eglise de Jérusalem (Act.6/5 et 8/5) ; ainsi, même un apôtre pouvait s'inclure à l'intérieur du collège des anciens (1 Pie.5/1, 2 et 3 Jn.v.1). Il faudra ici nous séparer du calvinisme traditionnel qui voyait l'office pastoral comme séparé de celui des anciens. Certes, il peut être correct de désigner du terme de pasteur un ancien "sur-qualifié" par le Seigneur, mais à condition de ne pas ignorer que la fonction est dévolue à l'ensemble du conseil des anciens.

- Ces ministères d'édification nommés par l'Ecriture se rattachent à l'annonce de la Parole, à ce titre ils sont essentiels à la vie et à la croissance de l'Eglise. Il est donc légitime de concevoir que, sous des formes qui peuvent varier, ils demeureront jusqu'au retour du Seigneur. Cela dit, l'Eglise peut reconnaître que d'autres ministères se manifestent en elle. On sera attentif toutefois au fait que l'apôtre Paul, tout en donnant des listes importantes de charismes, reste beaucoup plus sobre quand il s'agit de titrer ceux qui les mettent en oeuvre.

Lectures complémentaires
à télécharger

de Henri d'Espine : extrait de "Les Anciens, Conducteurs de l'Eglise"
in Cahier Théologique n°7, 1945 ; pages 30 à 32
&

de Peter Jones : extrait de "Paul, le dernier apôtre - 1 Corinthiens 15,8", in Hokhma n°33, 1986
&
de Jacques Blandenier : extrait de "Le Nouveau Testament et les structures ecclésiales d'autorité"
in Hokhma n°66, 1997

document RTF de 40 ko
Note : plusieurs articles ou extraits d'articles proposés dans ce site sont issus de la revue Hokhma dont le premier numéro date de 1976. Pour 17 euros, vous pouvez vous abonner à cette très intéressante revue de théologie qui paraît trois fois par an. Adresse pour la France :
Hokhma, chez Ch. Desplanque, 2, rue du Brave Rondeau, 17000 La Rochelle.
CCP : 10 258 19 K Marseille, chèques à l'ordre de Hokhma.


3.

Histoire de l'Eglise (C/3)

Les documents ci-dessous sont essentiellement issus d'un dossier catéchétique publié au début des années 70 par la Société des Ecoles du Dimanche et intitulé : "30 fiches d'histoire de l'Eglise". Ce dossier n'est plus édité.

Le Concordat
Le Réveil en France et en Suisse
1800 - 1830

J Au lendemain de la Révolution, Bonaparte signe une Convention avec le pape Pie VII (1801) et des Articles organiques (1802) qui reconnaissent, entre autres choses, l'existence légale des Eglises luthériennes et des Eglises réformées.

J Un Réveil se manifeste en France et en Suisse au début du XIXe siècle ; il est marqué par les personnalités de Jean-Frédéric Oberlin et de Félix Neff.

K Le pape retrouve ses Etats et sa souveraineté. Mais le catholicisme, malgré l'effort d'hommes comme Lamennais, connaît des difficultés à s'adapter à un monde qui se transforme rapidement.


I. - LE CONCORDAT DE 1801

1. - Au lendemain de la Révolution, les rapports de l'Eglise et de l'Etat se modifient du tout au tout. Bonaparte voit tout le parti qu'il peut tirer d'une Eglise unie à l'Etat. A la suite de la campagne d'Italie, il se déclare le protecteur du culte catholique en France. La « Convention entre le Gouvernement français et sa Sainteté Pie VII », signée le 15 juillet 1801, sanctionne cet état de chose. On désigne couramment cet acte par le mot « Concordat », mais en fait ce mot n'est jamais employé dans la rédaction des accords. Par cet acte le gouvernement reconnaît « que la religion catholique est celle de la grande majorité du peuple français », et s'engage à en assurer le libre exercice. En retour le pape Pie VII accepte une nouvelle répartition des évéchés. La nomination des évêques est faite à la fois par le gouvernement qui les désigne et par le pape qui leur donne l'investiture spirituelle. Néanmoins les évêques doivent prêter serment de fidélité au chef de l'Etat. Ils sont chargés de nommer les curés avec l'assentiment du gouvernement. Le clergé doit recevoir un traitement décent de la part de l'Etat.

2. - En avril 1802, des Articles organiques complètent ce Concordat et reconnaissent l'existence légale des Eglises luthériennes et des Eglises réformées. Pour les luthériens, la loi leur conserve leurs consistoires généraux et leurs inspecteurs ecclésiastiques. Pour les réformés, elle divise la France en « Eglises consistoriales » de 6 000 âmes, chacune ayant un certain nombre de pasteurs qui se partagent le travail à accomplir ; à côté de ces pasteurs, six à douze notables, choisis parmi les paroissiens les plus imposés, aident à l'administration de ces consistoires.
Les Articles organiques sont accueillis avec enthousiasme par la majorité des protestants qui vivent alors en France.
Le Concordat devait régir les rapports de l'Eglise et de l'Etat jusqu'en 1905, date à laquelle fut votée la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat.

3. - Avec Louis XVIII le catholicisme est à nouveau reconnu « religion d'Etat » ; mais l'article premier de la Charte déclare que « chacun professe sa religion avec une égale liberté et obtient pour son culte la même protection ». En fait la liberté de culte reste garantie aux protestants et ne leur sera plus sérieusement contestée en France.

II. - LE REVEIL EN FRANCE ET EN SUISSE.

1. - Le piétisme a des répercussions en France, où des hommes de Dieu témoignent avec puissance de Jésus-Christ. Parmi tous ces témoins, il en est un dont la personnalité marque fortement son époque : Jean-Frédéric Oberlin.
Né à Strasbourg en 1740, Oberlin devient à vingt-sept ans pasteur de la paroisse du Ban-de-la-Roche, dans les Vosges. Tout de suite il comprend que prêcher et enseigner la Parole ne peut être qu'une partie de son ministère. Car il faut nourrir, habiller, loger, instruire, éduquer des paroissiens dont les besoins matériels, intellectuels et spirituels sont grands. Oberlin organise une école, prépare des instituteurs. Il pense aux plus jeunes et crée une institution qui est à l'origine des Salles d'asile et des Ecoles maternelles ; il en confie la direction à Louise Scheppler, une femme remarquable qui fut la collaboratrice d'Oberlin pendant quarante-sept ans.
Du point de vue social, Oberlin réalise une série de travaux importants : aménagement de routes, réorganisation de la culture et de l'habitat rural. Il envoie des jeunes gens en apprentissage afin de former des artisans compétents, encourage la filature et le tissage du coton afin de fournir du travail à domicile en hiver.

2. - Le mouvement religieux que l'on appelle généralement « le Réveil » débute en Suisse, dans la réaction d'un petit groupe de futurs pasteurs qu'inquiète l'infidélité de l'Eglise. Sous l'influence de Frères Moraves et de l'Ecossais Robert Haldane, un certain nombre de chrétiens retrouvent dans la Bible les fondements d'une vie spirituelle ardente et d'un puissant témoignage dans le monde.
Parmi tous les chrétiens gagnés au Réveil, Félix Neff (1798-1829) apparaît comme une des figures les plus caractéristiques. Converti à la suite du témoignage de chrétiens du Réveil, Neff se donne tout entier à Dieu et à la prédication de l'Evangile. Après avoir parcouru la Suisse, il devient suffragant à Grenoble puis pasteur catéchiste à Mens. Pendant quatre ans Félix Neff exerce dans les Hautes-Alpes un ministère actif et fécond ; il annonce l'Evangile, mais aussi creuse des routes, irrigue des prairies, construit des temples, ouvre des écoles, fonde une école de formation pour instituteurs.

IlI. - LE CATHOLICISME

1 - Après l'abdication de Napoléon Ier, le pape Pie VII retourne à Rome, dans l'enthousiasme populaire. il retrouve ses Etats et sa souveraineté, restaure l'ordre des Jésuites, redonne à l'Eglise romaine une allure à la fois nouvelle et traditionnelle.

2. - Il est aidé en France par des écrivains comme Chateaubriand, de Bonald, Joseph de Maistre, dont les écrits, bien que souvent discutables, témoignent parfois d'une vivante spiritualité. Un prêtre, Lamennais, veut concilier l'Eglise et le libéralisme. Le premier numéro du journbal l'« Avenir », fondé en 1830, porte en épigraphe ces mots : « Dieu et la liberté ». Pour désarmer les ennemis de ce journal, qu'il rédige avec Lacordaire et Montalembert, Lamennais se rend à Rome, en 1831. L'accueil du pape est bon ; mais les idées de Lamennais sont condamnées. « Les Paroles d'un croyant » (1834) sont le reflet de sa souffrance et de sa protestation, en même temps qu'une vision nouvelle d'une Eglise plus libérale.

 

  THEMES DE TRAVAUX ET DE RECHERCHES.

1. Ne pensez-vous pas que si les chrétiens savaient mieux « aimer leur prochain comme eux-mêmes » et « se rendre par la charité serviteurs les uns des autres » (Gal. 5 : 13, 14), il y aurait de grands changements dans la vie sociale et dans la vie des peuples ? A votre avis, sur quels points cet amour du prochain devrait-il être particulièrement attentif de nos jours à faire porter ses efforts ?

2. Pensez-vous qu'à elles seules des réformes sociales ou politiques puissent conduire vraiment les sociétés humaines à la liberté, à la fraternité, à la paix ? Quelle est la mission propre des Eglises sur ce plan ? Pour répondre, relisez : Jean 14 : 12-17 - Rom. 14 : 17-19 - Col. 3 : 12 à 4 : 6.

 

Documents :

DE QUOI VOTRE AME EST-ELLE EN SOUCI ?

Nous dormons tous sur le bord d'un abîme et au milieu de nos plus cruels ennemis, ne voyant ni le danger, ni le secours, et méprisant également l'un et l'autre. Jetez les yeux autour de vous, descendez dans votre propre coeur, ne serez-vous pas forcé d'avouer qu'il n'est rien au monde dont on soit moins en souci que de son âme, que rien ne cause moins de regrets que d'avoir offensé Dieu, et qu'on cherche sa paix, sa joie, son bonheur, partout ailleurs qu'en Jésus-Christ.

On ne tremble que pour son corps, on redoute les persécutions de ceux qu'on appelle ennemis, adversaires, et l'on ne craint nullement celui qui peut jeter dans la géhenne l'âme et le corps. On dispute volontiers, souvent avec aigreur et toujours avec vanité, sur des points de doctrine, mais on n'en sent point la force, on n'en goûte point la douceur : on fait consister la religion dans un vain extérieur. Quand on a la liberté des cultes, qu'on sait répondre en controverse, on dit que tout va bien et on s'endort là-dessus comme les vierges folles, sans s'inquiéter si l'on est prêt, si l'on a de l'huile dans sa lampe. On met ordre à tout ce qui est temporel, on sème dans la saison, on ne laisse passer ni foire ni marché où l'on espère faire quelque profit, et l'on croit être sage ; tandis qu'on renvoie d'un jour à l'autre l'affaire qui seule mérite d'être appelée importante. On se plaint de l'instabilité des choses d'ici-bas et on n'en cherche point de plus solides. On se plaint de l'inconstance et de l'ingratitude des hommes, et l'on néglige le seul ami fidèle qui nous demande notre coeur. On parle quelquefois de la mort, du jugement dernier, de l'enfer, mais avec une légèreté, une gaieté qui annoncent l'incrédulité du coeur ou, du moins, sa folie. On parle du salut, de la gloire éternelle, mais avec une indifférence, une tiédeur qui prouvent bien que ce n'est pas là que nous avons notre trésor. On parle de Dieu, sans respect et sans crainte, et du Sauveur, sans amour, sans reconnaissance.

L'apôtre saint Paul ne voulait savoir que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié ; et les chrétiens d'aujourd'hui savent tout, excepté cela. Croyez- vous que ce soit pour se créer une Eglise comme celle-là que le Fils de Dieu est venu mourir sur la terre ? Pouvez-vous raisonnablement penser que le vrai christianisme se réduise à l'insignifiante et stérile dévotion dont on se contente aujourd'hui ?

Félix NEFF.
Lettre à Antoine Blanc.

 

1. Quelle est, dans le premier paragraphe, la constatation qui fait cruellement souffrir Félix Neff ?
2. A quelle parabole fait-il allusion quand il parle de ceux qui dorment ?
3. Quels reproches fait-il à ceux qui ne veillent pas ?
4. Quelle est la référence du passage où l'apôtre Paul déclare ne vouloir connaître « que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié » ? En quoi cette affirmation de l'apôtre est-elle fondamentale pour la vie du chrétien ?

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L'Eglise et la naissance du monde moderne
1830 - 1870

J Au cours du XIXe siècle les Eglises connaissent en France la possibilité de s'organiser et de manifester leur vitalité par des oeuvres et des mouvements.

J Au moment où prend naissance le monde moderne, l'Eglise redécouvre le sens de son témoignage dans le monde et sa responsabilité sociale.


I. - LA VIE DE L'EGLISE DE 1830 A 1870.

1. - Dès son avènement Louis-Philippe révise la Charte établie par Louis XVIII. Il fait remplacer l'article sur le catholicisme « religion d'Etat » par les termes du Concordat : « religion professée par la majorité des Français ». Une loi, présentée par Guizot, accorde la liberté de l'enseignement primaire. Le protestantisme, connaissant à la fois le fruit d'une liberté retrouvée et du Réveil, manifeste alors une nouvelle vitalité.

2. - En 1848, dès le début de la Révolution, les Eglises réformées de France profitent du libéralisme ambiant pour s'organiser. Une assemblée générale, élue par un suffrage à deux degrés, ouvre sa session en septembre 1848. Plusieurs tendances spirituelles et théologiques s'y manifestent. Après de longs débats à propos de l'adoption d'une confession de foi, l'assemblée décide de s'ajourner ; elle demande au gouvernement de permettre aux Eglises réformées de retrouver leur ancienne constitution, en particulier le synode national.
A la suite de cette assemblée un certain nombre de communautés se groupent en « Eglises libres » qui exigent de tous leurs membres une confession de foi.

3. - Napoléon III rétablit en 1852 l'Eglise locale ou paroisse, avec un conseil presbytéral présidé par le pasteur, chargé d'administrer l'Eglise locale, mais sous l'autorité du Consistoire.

4. - Parmi les protestants de l'époque, deux personnalités exercent une profonde influence sur leurs contemporains : Alexandre Vinet et Adolphe Monod.

II. - LE TEMOIGNAGE DE L'EGLISE

1. - L'évangélisation en Europe comme dans les pays lointains redevient une préoccupation importante pour les chrétiens. La Société Biblique (1819), la Société des Missions Evangéliques (1822), la Société Centrale Evangélique (1846), des Sociétés d'édition deviennent de précieux instruments, pour le témoignage de l'Eglise.
En Allemagne, Wichern met la mission intérieure au premier plan de la vocation de l'Eglise.

2. - Ce n'est en effet qu'au XIXe siècle, en particulier sous l'influence du piétisme et du Réveil, que les Eglises de la Réforme retrouvent une sérieuse préoccupation missionnaire. Trente et une sociétés missionnaires sont fondées en moins d'un siècle.
Des stations sont ouvertes en Asie :
- aux Indes où l'on trouve W. Carrey (1761-1834), pasteur baptiste anglais, qui, le premier, montre à l'Eglise qu'elle peut annoncer l'Evangile à tous les peuples en organisant des « sociétés de missions »
- en Chine où est envoyé Hudson Taylor,
- en Corée et au Japon.
Des missionnaires sont envoyés au Proche-Orient (en Syrie et au Liban), en Océanie (Les Nouvelles-Hébrides, Iles de la Société, Iles Fidji) et également en Afrique du Sud où oeuvrent les Frères Moraves et David Livingstone (1813-1873).
- En France, quelques personnalités de premier plan fondent la Société des Missions évangéliques de Paris en 1822. Cette oeuvre est présente au Lessouto en 1833, à Tahiti et au Sénégal en 1863, au Zambèze en 1885, à la Nouvelle-Calédonie en 1891, au Gabon en 1892, à Madagascar en 1896, au Cameroun en 1917 et au Togo en 1929. Les Eglises de ces pays sont maintenant autonomes.

3. - Des communautés religieuses, semblables à celles qu'avaient connues l'Antiquité chrétienne et le Moyen Age, voient aussi le jour, mais avec un caractère évangélique plus évident que dans le passé. On peut citer la Communauté des diaconesses fondée à Paris en 1841 par le pasteur Antoine Vermeil. Ces communautés de diaconesses groupent des femmes appelées à une consécration entière d'elles mêmes au service de l'Evangile et qui s'unissent entre elles par les liens d'une discipline communautaire ; elles sont engagées très avant dans l'action éducative, sociale et hospitalière de l'Eglise.

4. - L'instruction des enfants devient pour les Eglises une exigence de plus en plus grande. En 1812 la première école protestante du XIXe siècle est fondée aux Billettes (Paris) ; quinze ans plus tard on en compte 392, et il y en aura 1600 en 1880. Des sociétés d'instruction primaire et religieuse connaissent vite une riche vitalité. La Société pour l'encouragement de l'enseignement primaire (1829) permet de donner une sérieuse instruction primaire en un moment où l'instruction laïque n'existe pas. La Société des Ecoles du Dimanche de France, fondée en 1852, veut apporter la Parole de Dieu aux jeunes des Eglises protestantes mais aussi aux enfants qui n'appartiennent pas à des communautés évangéliques.

5. - Des mouvements d'action chrétienne et sociale sont fondés. Ils ont pour caractéristique de grouper leurs membres dans le but tout à la fois de s'entraider dans l'approfondissement de leur vie chrétienne propre et de poursuivre une action évangélique résolue dans tel ou tel secteur de la vie sociale. Ils constituent en somme des sortes de « confréries » modernes.
On peut citer en particulier : les U.C.J.G. et U.C.J.F. (Unions Chrétiennes de jeunes gens et de jeunes filles) fondées en 1844 par l'Anglais George Williams.

6. - Des institutions sociales et hospitalières manifestent l'amour fraternel des chrétiens évangéliques. Certes les Eglises de la Réforme ont toujours donné une grande place au service des hommes ; mais au XIXe siècle des formules neuves d'action chrétienne traduisent un renouvellement de la vision de l'oeuvre, de service, ou oeuvre diaconale de l'Eglise.
Pour l'Allemagne, on peut citer les asiles de Bethel-Bielefeld ; pour la France on peut signaler les Asiles John Bost à La Force (Dordogne), fondés par le pasteur John Bost en 1845, où l'on reçoit des orphelins, des incurables, des épileptiques, des personnes âgées.
L'oeuvre auprès des prisonniers est surtout marquée par l'influence de la quakeresse anglaise Elisabeth Fry (1804-1844).

 

THEMES DE TRAVAUX ET DE RECHERCHES.

1. A quoi l'attente du Royaume de Dieu dans la foi doit-elle conduire les chrétiens ? Relisez : Luc 14 : 15-24, Matthieu 25: 13-40, I Corinthiens 4: 20.

2. Réunissez une documentation aussi complète que possible sur l'une des communautés ou oeuvres signalées dans cette fiche. A partir de cette documentation préparez un exposé pour un groupe dans votre Eglise.


Document :


QUELQUES MOTS SUR LA LECTURE DE LA BIBLE

Dans une de mes nuits où j'ai beaucoup souffert et peu dormi, vers la fin de la nuit, à quatre heures et demie, je m'étais établi dans mon lit avec l'espoir de prendre quelque repos, lorsque j'invitai mon veilleur à me lire un chapitre de la Parole de Dieu. Il offrit de me lire le huitième de l'épître aux Romains. J'acceptai, mais en le priant, pour avoir la suite des idées, de remonter jusqu'au sixième et même au cinquième.

Nous lûmes de suite ces quatre chapitres V, VI, VII, VIII, et je ne songeais plus à dormir tellement mon attention, mon intérêt, mon admiration étaient appelés par le langage céleste de saint Paul, je veux dire du Saint-Esprit parlant par saint Paul. Puis nous lûmes le neuvième, et les suivants, jusqu'à la fin, toujours avec un intérêt égal et soutenu ; et puis les quatre premiers, pour ne rien laisser en arrière, et avoir lu l'épître entière. Deux heures environ avaient passé dans cette lecture, et je ne songeais plus qu'à écouter la Parole de Dieu et à en profiter ; et le Seigneur pourvut dans sa bonté à ce repos qui m'avait manqué.

Nous sentions, mon jeune ami et moi, sans nous être d'abord communiqué nos pensées, que nous entendions parler du ciel ; et qu'indépendamment de tous ces témoignages qui attestent l'inspiration et l'autorité divine de l'Ecriture, elle se rend à elle-même, comme Jésus-Christ à lui-même par ses oeuvres, un témoignage pleinement suffisant. Nous avons senti aussi combien il est utile de lire l'Ecriture dans son ensemble, et combien on perd à n'en prendre que des portions, des fragments, des versets détachés. On ne comprend un livre qu'en le lisant de temps en temps dans son ensemble. Cela nous fit comprendre qu'on doit faire deux études de la Parole de Dieu : l'une d'ensemble, pour produire en nous l'impression si bénie que nous venions de recevoir, et l'autre de détail, pour se rendre compte de chaque verset et de chaque mot.

Mais l'impression principale fut une impression d'humiliation. Nous nous disions l'un à l'autre : Comment ! nous avons un trésor tel que celui-là auprès de nous, et nous négligeons d'y penser ! Nous venions de passer deux heures dans le ciel ; nous nous trouvions transportés, non seulement au milieu des meilleurs d'entre les hommes, des organes inspirés et privilégiés du Saint-Esprit, mais des anges élus, et dans la société de Jésus-Christ ; et nous avons résolu, en plaçant cette résolution sous la garde de celui qui peut seul protéger les résolutions de ses enfants, de nous livrer avec une toute autre ardeur à l'étude de l'Ecriture ; de lui sacrifier, s'il le faut, une foule de lectures instructives et utiles, mais qui ne sont pas comparables à la Parole de Dieu ; et de vivre avec cette Parole comme nous souhaitons vivre avec Dieu lui-même, parce que la lecture de cette Parole inspirée par l'Esprit de Dieu est comme un entretien avec Dieu.

Adolphe MONOD. Les Adieux.

 

1. Quelles conclusions pratiques s'imposent à A. Monod en ce qui concerne la lecture de la Bible?
2. Pourquoi A. Monod ressent-il une impression d'humiliation ?
3. En quoi la lecture de la Bible est-elle « comme un entretien avec Dieu » ?


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