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Cours de formation générale : séquence C/4

Comme tous les cours de formation générale, cette page comprend 3 unités :

  1. Le cours de théologie biblique (seuls les titres de chapitre sont actuellement disponibles)
  2. Le cours de doctrine ;
    accompagné des lectures complémentaires
    (à télécharger)
  3. Le cours d'histoire de l'Eglise

1.

Plan du cours de théologie biblique (C/4)
Les paroles de ceux qui achèvent l'histoire sainte
(Paul 2ème partie + Hébreux)

1/ L'EGLISE

a/ Jésus-Christ est la pierre d'angle d'une nouvelle construction

b/ L'Eglise est le corps de Christ

c/ Une organisation au service de la Parole

2/ LA MORALE CHRETIENNE

a/ Abolition de quelques prescriptions typiques de l'ancienne alliance

b/ Une dynamique de reconnaissance

3/ LA LETTRE AUX HEBREUX

a/ La nouvelle alliance est supérieure à l'ancienne

b/ La nouvelle alliance poursuit et réalise le projet de l'ancienne

c/ Jésus-Christ est le médiateur parfait

2.

Cours de doctrine C/4
LE BAPTEME

Le baptême constitue, avec le repas du Seigneur, les deux seuls "rites" que l'Eglise de Jésus-Christ est clairement appelée à perpétuer (Matt.28/19, 1 Cor.11/23 à 26). Les Réformateurs, les dégageant du ritualisme envahissant de l'Eglise catholique romaine, ont voulu redonner à ces gestes leur véritable signification, telle qu'elle se présente à nous dans l'Ecriture. Reprenant toutefois le langage de l'Eglise ancienne, ils les ont qualifiés de "sacrements", car ils expriment en effet le mystère (sacramentum = mystère) du salut (1 Cor. 4/1, 1 Tim.3/16). Le baptême (comme la Cène) apparaît donc comme le signe visible d'une réalité spirituelle qui est essentiellement cachée avec le Christ en Dieu (Col. 3/3). Chercher dans la Bible le sens spécifique du baptême doit nous permettre de bien définir sa place et son rôle dans l'Eglise et dans la vie du croyant.

LE LANGAGE DES SIGNES

- Nous observons dans l'Ecriture que la communication entre Dieu et les hommes s'effectue par le double moyen de la Parole et des signes (Ex. 3/12, Nb.17/10 ou 25...etc...). Certains de ces signes ont un rôle passager, d'autres au contraire, parce qu'ils se rattachent à des réalités fondamentales, vont avoir une fonction durable, voire perpétuelle (Gen. 9/12 à 17, 17/9 à 13).

- Le signe a pour effet de confirmer la Parole. A ce titre il scelle ce que Dieu a dit, en nous communiquant le même contenu sous une forme nouvelle et appropriée à notre faiblesse. Ainsi la définition Réformée du sacrement : "Un sacrement est un témoignage extérieur de l'amour de Dieu, qui par un signe visible, nous représente les grâces spirituelles, pour sceller plus fortement en nos coeurs les promesses divines et nous en rendre plus certains". (Catéchisme de Calvin § 45).

- Il n'y a donc pas différence de nature entre la Parole et les sacrements, mais seulement des différences d'application et de degré dans la communication. De cela il découle que nous ne devons pas chercher dans le sacrement autre chose que ce qui nous est donné par la Parole.

LE BAPTEME, SACREMENT DE L'ALLIANCE DE GRACE

- L'alliance de non-malédiction prononcée vis-à-vis de Noé et de sa descendance a été signifiée et scellée par l'arc-en-ciel ; plus tard, l'alliance de bénédiction, ou alliance de grâce, prononcée vis-à-vis d'Abraham et de sa descendance a été signifiée et scellée par la circoncision. Or nous savons que cette dernière n'a pas été prolongée par les ordonnances du Christ (si cela avait été le cas elle aurait eu sa place dans le texte de Matthieu 28/19-20), et qu'elle a été définitivement abrogée par le concile de Jérusalem (Act.15/1 et 19-20).

- Cela veut-il dire que l'alliance de grâce conclue avec Abraham est devenue caduque en Christ ? Certes non (Gal. 3/8-9, 14, 17, Héb.6/13 à 20), mais le Nouveau Testament indique que le signe dans sa réalisation matérielle ne pouvait plus convenir :
1/ d'une part en effet la circoncision était devenue dans le judaïsme tardif, non plus l'annonce de la grâce, mais le premier signe d'obéissance à la loi de Moïse. A l'époque de Paul elle symbolisait donc de fait (et non de droit!) la prétention humaine à une justification par les oeuvres (Gal. 5/2-3) ;
2/ d'autre part, et c'est encore plus important, le caractère sanglant de cette pratique était nécessairement lié à un contexte sacrificiel annonciateur du sacrifice du Christ (Héb. 9/18 à 22 et 10/3 à 9).

- La conclusion est simple : de même que le "sacrement" de la Pâque s'est trouvé reconduit, mais de manière nouvelle au travers de la Cène, le "sacrement" de la circoncision s'est trouvé reconduit, mais de manière nouvelle au travers du baptême. Cette déduction se trouve confirmée par Colossiens 2/11 et 12 qui montre le parallèle entre les deux signes et leur commun accomplissement dans la mort et la résurrection de Jésus-Christ.

- De même donc que par la circoncision était affirmée la participation au peuple de l'alliance, de même le baptême est le sacrement par lequel on est incorporé à l'Eglise (Act. 2/41), et à ce titre et pour cette raison, le baptême n'est administré qu'une seule fois.
Cependant le baptême ne se limite pas à être un rituel d'incorporation, il est chargé de toute une signification spirituelle.

LE BAPTEME, SACREMENT DE LA PROMESSE

- Le baptême est signe et sceau de la rémission des péchés, et par conséquent de la justification (Act. 2/38, 22/16). Par le baptême, le croyant peut être certain qu'il a une pleine et entière rémission des péchés, tant en ce qui concerne la culpabilité qu'en ce qui concerne le châtiment.

- Le baptême est également le signe et le sceau de la régénération, de la mise à mort de l'homme ancien et de la résurrection de l'homme nouveau, par la communion en la mort et la résurrection de Christ (Rom. 6/3 à 6, Gal. 3/27).

- Le baptisé se trouve donc sous la grâce du Seigneur, ayant accès à tous les privilèges accordés aux membres de l'alliance. Cependant ces privilèges ne deviennent réels et efficaces dans sa vie que s 'il les accueille dans la foi (Héb. 11/6). En présence de la Parole ou en présence d'un sacrement, la foi (d'ailleurs suscitée par la Parole et fortifiée par les sacrements !) demeure la seule condition nécessaire pour accéder à toutes les promesses du salut (Rom. 4/22). Ce qui est adjoint (par exemple : croire et être baptisé en Marc 16/16) n'a de valeur salvifique que dans un contexte de foi (Jacq. 2/14 à 17).

- Le baptême est donc une grâce qui est accueillie dans la foi, et pour la foi, et qui va ainsi participer à l'édification, non seulement de celui qui le reçoit, mais aussi de l'Eglise tout entière (Eph. 5/26). Donné à Abraham à l'aube même du salut, le sacrement d'entrée dans l'alliance de grâce est avant tout un sacrement de la promesse qui vise l'avenir (à nouveau en Actes 2/38). On est baptisé en vue de recevoir les bénédictions de Dieu contenue dans l'alliance, et d'en vivre d'une manière toujours plus authentique.

QUI DOIT ETRE BAPTISE ?

- La réponse à cette question est tout d'abord évidente : tous ceux qui sont appelés par Dieu à faire partie de l'alliance de grâce (Act. 2/39), de sexe masculin ou féminin (Gal. 3/28, Act. 16/15).

- Mais ensuite on devra se rendre compte que les conditions d'accès au baptême sont de deux sortes selon que l'on est prosélyte, ou que l'on est né à l'intérieur du peuple de la nouvelle alliance : aux adultes venant du paganisme ou du judaïsme, il est demandé un acte de repentance ou de conversion, et la foi en Jésus-Christ (Act. 8/37)...

- Quant aux enfants de parents chrétiens, ils doivent recevoir le baptême tout simplement parce que l'Eglise ne peut éviter de reconnaître que par leur naissance ils sont, conformément à la promesse de Dieu, les enfants de l'alliance (Gen. 17/7, Act. 2/39, 16/31, 1 Cor. 7/14). A eux aussi sont destinées toutes les grâces contenues dans le sacrement du baptême.

- Cette double procédure de reconnaissance ne change rien au fondement même du baptême qui demeure identique pour les uns comme pour les autres : on est baptisé en raison du fait qu'on est reconnu comme faisant partie du peuple de l'alliance.

- Dans le cas d'un baptême d'enfant, la foi requise est celle des parents (Act. 16/31). Celle-ci s'appuie sur la promesse de Dieu d'inclure nos enfants dans l'alliance qu'il a conclue avec nous. Bien entendu, la foi des parents devra ensuite être relayée par celle de l'enfant. Tout au long de son évolution vers sa maturité, l'enfant devra apprendre à accueillir de manière toujours plus responsable les grâces de l'alliance signifiées et scellées dans son baptême.

- Les chrétiens qui refusent la pratique du baptême des enfants de croyants argumentent souvent (à tort!) du silence du Nouveau Testament sur cette question. Or, après 20 siècles durant lesquels l'accueil des enfants dans l'alliance était signifié par la circoncision, le silence du Nouveau Testament plaide beaucoup plus en faveur du baptême des enfants que contre lui. D'ailleurs s'agit-il d'un silence absolu ? Les deux baptêmes de famille relatés dans Actes 16/15 et 16/33 ne sont vraiment silencieux que pour ceux qui ont décidé qu'il en soit ainsi !

Annexe :

Les indices bibliques qui plaident en faveur du baptême des enfants de croyants

1/ L'Alliance avec Abraham n'est pas abolie par Jésus-Christ ; elle s'accomplit au contraire dans son ultime dispensation (Rom.4/13 à 17, Gal.3/15 à 29) ;
2/ Les grâces de la Nouvelle Alliance ne peuvent être inférieures à celles de l'Ancienne (Héb. 7/22) ;
3/ L'Alliance de grâce a un caractère organique en ce sens qu'elle intègre dans son développement historique les structures sociales créationnelles (couple, famille) (Gen.17/7 à 13, Act.2/39, 1 Cor.7/14, Act.16/31) ;
4/ La disparition de la circoncision comme signe d'entrée dans le peuple de l'Alliance (Gen.17/10 à 14, Act.15/1-2);
5/ L'absence d'interdiction quant au baptême d'enfant de chrétiens dans le contexte judéo-chrétien de l'Eglise primitive ;
6/ L'Alliance de grâce dans son développement historique inclut des faux-croyants ou des non-croyants dont la présence dans le peuple de l'Alliance ne présume pas de leur salut éternel (Jér.4/4, 9/24-25, Matt.13/47 à 50, Héb.10/26 à 31, Apoc.3/14 à 21) ;
7/ Le Nouveau Testament mentionne maintes fois l'existence de baptisés (ou de baptisés probables) qui donnent des signes de non-régénération (Judas, Ananias et Saphira, Simon le magicien, Hyménée, Philète et Alexandre...) ;
8/ Le choix de Dieu (l'élection) précède toujours le choix de l'homme (Deut.7/7, 14/1-2, Rom.1/7, 8/29-30, Jn.6/70);
9/ Le baptême est un acte de Dieu et non des hommes, en ce sens il est signe de l'engagement de Dieu (l'Alliance) avant d'être un moyen d'acquiescement par l'homme (Matt.21/25, 28/19-20, Eph.4/5, 5/26) ;
10/ La brièveté de la catéchèse baptismale ainsi que l'absence de rétention du baptême dans les exhortations disciplinaires ;
11/ Le Nouveau Testament mentionne des baptêmes de "maisonnées" (Act.16/15, 16/33, 1Cor.1/16) ;
12/ Le fait que, au contraire de la foi qui exprime une démarche active (confesser la foi), le baptême est toujours présenté sous forme passive (être baptisé).

 

Lectures complémentaires
à télécharger

de Pierre Marcel : extrait de "Le baptême, sacrement de l'alliance de grâce" la Revue Réformée n°2-3, 1950 (voir note ci-dessous) ; pages 119 à 125
&

de Michel Johner : "Evangélique et pédobaptiste", Nuance n°31, 1993
&
de Francis Schaeffer : extrait de Le Baptême
brochure des Editions Kérygma, 1986, pages 8 à 12

document RTF de 47 ko
Note : Cette étude étant devenue introuvable, les éditions Kerygma ont eu l'initiative d'en reprendre l'essentiel dans un ouvrage de 120 pages intitulé : "L'alliance de grâce". Paru à la fin de l'année 2000, il est actuellement disponible aux Editions Kerygma ; 33 av. Jules Ferry, 13100 Aix-en-Provence, France.


3.

Histoire de l'Eglise (C/4)

Aucun document du dossier catéchétique habituellement utilisé ne couvrant le sujet abordé ici, on trouvera ci-dessous, une reprise des notes constitutives du cours.

Les crises de la théologie moderne

L Le XIXe siècle a vu triompher dans les sciences et la philosophie les postulats rationalistes hérités des "Lumières". C'est le siècle de Darwin, d'Auguste Comte, de Hegel, de Marx et de Nietzsche. L'influence sur la pensée protestante a été considérable et a profondément marqué la théologie des XIXe et XXe siècle. Dans une course à l'adaptation à la pensée dominante, ou en réaction contre elle, mais toujours prisonnièrs de postulats fondamentaux non-bibliques, quelques grands courants de pensée vont faire l'actualité de la théologie protestante.

J Face à ces vagues dominantes, le protestantisme réapparaît aussi sous un angle plus nettement évangélique, au sein des Eglises Réformées comme à l'extérieur où se multiplient les Eglises évangéliques de professants.


I. - LE SYMBOLO-FIDEISME

1. - Les "libéraux" du XIXe siècle se sont contentés dans une première phase (jusqu'en 1820) d'occulter les dogmes qui leur paraissaient déraisonables comme le Trinité, la prédestination, le sacrifice expiatoire du Christ, sa double nature, le péché originel...etc.... Cependant, ils ne mettaient pas nécessairement en cause les miracles racontés dans la Bible. Mais peu à peu, entraînés par l'hyper-critique allemande, les libéraux français vont déconstruire le christianisme traditionnel pour ne garder du message de l'Ecriture que ce qui leur paraît compatible avec les connaissances du temps. Parmi eux, deux courants distincts apparaît :
- ceux qui ont tendance à résumer le christianisme dans un idéal moral ;
- ceux qui veulent maintenir une pensée religieuse avec ce que cela signifie en terme de piété.
Les premiers finiront souvent leur course dans la politique, dans des oeuvres sociales ou dans la "libre pensée" et laisseront ainsi progressivement la place aux seconds.

2. - Samuel Vincent (1787-1837) figure parmi les précurseurs de cette nouvelle façon de concevoir la foi où modernisme et piétisme semble faire bon ménage. Plus près de nous, Charles Wagner (1852-1918) et Wilfred Monod (1867-1943) ont illustré brillament cette attitude, fortement inspirée par les écrits du protestant et romantique allemand Friedrich Schleiermacher (1768-1834).

3. - C'est en France, avec les professeurs Eugène Ménégoz (1838-1921) et Auguste Sabatier (1839-1901) que cette approche va connaître un second souffle et gagner un très large assentiment.
Leur pensée repose sur un dualisme dans l'ordre de la connaissance. Il y a d'une part en l'homme la pensée pure dont l'attribution est philosophique ou scientifique, et d'autre part la conscience qui seule peut aborder le domaine religieux. Certes, la conscience utilise l'outil de la pensée, mais elle fonde ultimement ses certitudes sur l'intuition ou le sentiment religieux.

4. - Evidemment, la connaissance qui en découle est subjective, mais, pour Sabatier et Ménégoz, cela n'est pas problématique puisqu'en définitive toute connaissance est subjective. Sabatier nous dit : "Nous ne connaissons ni Dieu ni les choses en soi. L'ontologie (le discours sur l'être) est une vanité ; la piété n'en a pas besoin." La foi ne peut être que personnelle, et pour se dire doit abandonner le langage dogmatique (qui prétend à une objectivité) et adopter celui du symbole. Le langage symbolique ne dit pas ce qui est, mais dans quel rapport je me trouve par rapport à telle ou telle réalité.

5. - La foi doit donc être clairement séparée de la croyance. La foi est première. Elle a son fondement dans la conscience. Elle peut ensuite s'exprimer dans des croyances, mais ces dernières doivent rester dans le simple domaine des opinions. On peut donc exercer une libre critique sur la Bible ou sur les dogmes, sachant que par là on ne touche pas réellement à la foi. Ultimement, la foi est un élan vers un mystère.

II. - KARL BARTH (1886-1968) ET LA NEO-ORTHODOXIE.

1. - Le fidéisme fait de nombreux adeptes au tournant du siècle et laissera d'importantes traces par la suite, mais après la première guerre mondiale, l'esprit du temps a changé. Karl Barth, pasteur "libéral", fait l'expérience du caractère inadéquat de sa théologie, et se lance à corps perdu sur d'autres chemins. En 1919, il publie son "Commentaire de l'Epître aux Romains", première d'une longue liste de publications qui culminera dans l'élaboration d'une "Dogmatique" (ouvrage inachevé, mais 8000 pages écrites tout de même !).

2. - Sa théologie est d'abord une critique sévère de toutes les théologies qui l'ont précédé depuis deux siècles. Il les accuse d'anthropocentrisme : "Leur orientation anthropocentrique était telle que lors même qu'elles prétendaient parler de Dieu, elle ne parlait que de l'homme sur un ton plus élevé." Dieu, c'est le "Tout Autre", et l'expérience religieuse n'est pas - comme beaucoup le pensent - une expérience de Dieu, comme s'il y avait en nous quelque faculté capable de le toucher. L'expérience religieuse est une expérience de l'abîme qui nous sépare de ce Dieu transcendant. Autrement dit, nous ne pouvons rien dire sur Dieu, seul Dieu peut parler de lui-même.

3. - Il s'agit donc à nouveau d'une pensée théologique qui part "d'en haut", et cette parole qui vient d'en haut nous la recevons grâce à la Bible. C'est en cela que cette théologie a pu être qualifié de néo-orthodoxie. Dans sa dogmatique, nous voyons bien en effet que Barth renoue avec l'essentiel de la doctrine chrétienne traditionnelle.

4. - Cependant le théologien de Bâle est marqué par la nouvelle philosophie existentialiste et ceci l'empêche de voir en la Bible la Parole de Dieu. La Bible est certes le cadre dans lequel Dieu se révèle, mais la Parole de Dieu surgit toujours d'un "événement", elle ne saurait être identifiée au texte des Ecritures. Par ailleurs l'influence existentialiste se fait également sentir sur le plan formel : la pensée du génial théologien est quelquefois impossible à synthétiser tant elle navigue (avec délice semble-t-il !) sur les antithèses de la dialectique.

5. - Dans les années 30 déjà, le "barthisme" pénètre en France, mais c'est après la seconde guerre mondiale qu'il aura la plus grande influence. En effet de 1945 à 1965 cette théologie est largement dominante dans l'Eglise Réformée de France. Le doyen de la Faculté de théologie de Paris, Jean Bosc (1910-1969), en est notamment un propagandiste convaincu.

IlI. - BULTMANN ET LA DEMYTHOLOGISATION

1 - Le professeur Rudolf Bultmann (1884-1975), d'abord proche de Barth, s'en éloigne en devenant le leader d'une école nommée la "formgeschichte", c'est-à-dire l'étude de l'histoire des formes littéraires. Pour lui, par exemple, les évangiles, sous la forme apparente de récits historiques sont en fait l'expression de la foi des premiers chrétiens. Ainsi, nous avons à faire dans ces récits non à une histoire mais à un "kérygme", à un message. Ce dernier est présenté, conformément aux usages de l'époque, sous une forme pseudo-historique, à vrai dire mythique. Pour Bultmann, en définitive, ce que Jésus a réellement dit ou fait n'a pas d'incidence, et quand bien même il n'aurait pas réellement existé cela ne réduit en rien l'interpellation que l'on reçoit à la lecture du Nouveau Testament.

2. - Depuis le XIXe siècle, la présence de mythes dans la Bible avait été affirmée par les "libéraux". Mais ces derniers en tiraient la conclusion qu'il fallait éliminer ces mythes et chercher le message ailleurs. La nouveauté qu'apporte Bultmann c'est qu'il considère, d'une part que tout est présenté de façon mythique dans la Bible, mais que d'autre part le message est bel et bien caché dans ce langage mythique et qu'il faut en conséquence le traduire pour le rendre pertinents pour la pensée moderne. C'est ce processus qui est nommé : démythologisation.

3. - Pour effectuer cette traduction (ou démythologisation) Bultmann s'appuie sur la philosophie existentialiste de Heidegger. Tout le cadre biblique (création-chute-rédemption) est ainsi remplacé par des concepts psychologiques. A titre d'exemple : le salut - terme mythique qu'il s'agit de démythologiser - consiste pour l'homme à passer de l'inauthenticité à l'authenticité.

IV. - LES THEOLOGIES POLITIQUES

1. - Sous le troisième Reich d'Hitler, des pasteurs et des théologiens allemands signent un manifeste : "La confession de Barmen" qui souligne les limites de l'obéissance qu'un chrétien peut être amené à trouver face à un Etat injuste. Parmi les signataires, il y avait Karl Barth et Dietrich Bonhoeffer (1906-1945).
Ce dernier participa à la tentative d'assassinat d'Hitler en 1943 ; il fût arrêté et exécuté. Dans ces lettres de cellule il écrivit des pensées, que certains jugeront par la suite prophétiques, sur ce que devait être le christianisme dans le monde moderne. Il lui venait à penser que les sociétés sécularisées deviendraient bientôt tout à fait incapable de comprendre notre vieux message chrétien à cause de ses concepts religieux issus d'un autre temps. Il jeta ainsi les bases d'un christianisme a-religieux.

2. - Durant la domination barthienne, ces idées n'eurent que peu d'écho, mais dès les années 60-70, elles vont connaître un succès retentissant. A grand renfort d'arguments sociologiques, presque toujours fondées sur une approche marxiste de l'histoire, les théologies a-religieuses ont vu le jour transformant cette fois-ci le salut chrétien en une délivrance sociale et politique.
On peut citer Harvey Cox et sa "Cité séculière" parue en 1964 et dans laquelle il dit : le Dieu traditionnel "doit être oublié comme un simple accessoire culturel périmé". On peut mentionner aussi l'évêque anglican J.A.T. Robinson avec son retentissant "Dieu sans Dieu".

3. - En France et dans les milieux réformés ce mouvement a eu un grand impact et a soulevé également quelques contestations. Des hommes comme Georges Casalis ou Roger Parmentier ont largement contribué à répandre ces conceptions.
La "théologie de la mort de Dieu" ou la "théologie de la libération" née en milieu catholique, représentent diverses expressions de ces théologies politiques.

V. - LE MONDE EVANGELIQUE

1. - Dans les Eglises Réformées, ces diverses vagues ont fini par balayer les trois-quart de ce qui restait d'orthodoxie, en particulier dans le corps pastoral. Cependant, au cours du XXe siècle un certain renouveau calviniste a eu lieu.
Il est illustré d'abord par le Réveil de la Drôme dans les années 20. Le pasteur Jean Cadier (1898-1981), acteur de ce réveil, est devenu doyen de la Faculté de théologie de Montpellier après la guerre.
L'enseignement du professeur Auguste Lecerf (1872-1943) à la Faculté de théologie de Paris a été également l'occasion d'une redécouverte d'une pensée réformée confessante. Son influence est à l'origine des convictions des pasteurs Pierre Marcel (1910-1992), fondateur de la Revue Réformée, et Pierre Courthial, co-fondateur de la Faculté Libre de théologie Réformée d'Aix-en-Provence ouverte en 1974. Cette Faculté met à la base de son enseignement la Confession de foi de La Rochelle.
On peut mentionner également le maintien et l'affermissement dans des positions confessantes de l'Union des Eglises Réformées Evangéliques Indépendantes.

2. - Le monde des Eglises évangéliques de professants, petit, divisé, et refusant souvent à priori le débat théologique n'a pas eu en France jusque dans les années soixantes l'occasion de faire entendre sa voix. Les choses ont sensiblement évolué depuis, notamment grâce à la création de la Faculté Libre de Théologie Evangélique de Vaux-sur-Seine et grâce à l'un de ses brillants enseignants, le professeur Henri Blocher.

3. - Les Eglises évangéliques de professants véhiculent généralement une doctrine traditionnelle mais à travers une expression de type piétiste mettant l'accent sur l'expérience individuelle. Le phénomène s'amplifie dans les milieux "pentecôtisants" où l'on insiste particulièrement sur l'expérience du Saint-Esprit, ce qui entraîne parfois quelques dérives illuministes.
Ayant une ecclésiologie mettant l'accent sur la rupture avec le monde, les évangéliques sont quelquefois tentés par le "fondamentalisme" développé aux USA, voyant en lui une sûre amarre pour la foi.
Les évangéliques font preuve d'une grande motivation pour l'évangélisation et pour la Mission.


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