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Cours de formation générale : séquence C/5

Comme tous les cours de formation générale, cette page comprend 3 unités :

  1. Le cours de théologie biblique (seuls les titres de chapitre sont actuellement disponibles)
  2. Le cours de doctrine ;
    accompagné des lectures complémentaires
    (à télécharger)
  3. Le cours d'histoire de l'Eglise (ou plus exactement les fiches distribuées lors des cours)

1.

Plan du cours de théologie biblique (C/5)
Les paroles de ceux qui achèvent l'histoire sainte

(les lettres non pauliniennes et l'Apocalypse)

1/ LES AUTRES LETTRES DU NOUVEAU TESTAMENT

a/ La lettre de Jacques

b/ Les lettres de Pierre

c/ Les lettres de Jean : qui est Dieu

d/ Les lettres de Jean : qu'est-ce que l'amour

e/ La lettre de Jude

2/ L'APOCALYPSE

a/ Révélation dernière

b/ Le Christ glorieux

c/ La victoire céleste

d/ Le combat terrestre

e/ L'ultime Pâque

2.

Cours de doctrine C/5
LA SAINTE CENE

Ce deuxième signe, ou sacrement, donné par le Christ à l'Eglise de la Nouvelle Alliance (Luc 22/19, 1 Cor.11/24) est désigné de diverses manières dans la chrétienté :
- le mot "cène" vient du latin "cena" qui signifie le "souper", ou le "dîner". Ce terme dérive quant à lui du grec "koinos" qui exprime ce qui est "commun". Il y a donc à l'origine l'idée de repas commun, ou de repas en communion dans le mot "cena"/cène ;
- l'appellation "eucharistie" vient du verbe grec "eucharistéo", lequel figure dans les quatre récits de l'institution, et dont le sens est "rendre grâces" ;
- la désignation de ce repas sous le terme de "communion" est une appellation relativement récente (XIXe s.) qui découle de 1 Corinthiens 10/16 ;
- Dans l'Ecriture on trouve également "le repas du Seigneur" (1 Cor.11/33) ou "la table du Seigneur" (1 Cor.10/21). Il se peut enfin que l'action de "rompre le pain" soit une allusion à la célébration de la cène (Act.2/42, 46 et 20/7).

LE SIGNE DE LA PAQUE NOUVELLE

Jésus place explicitement l'institution de la cène au sein du repas annuel de la Pâque (Mc.14/12), indiquant par là qu'il ne vient pas surajouter un rite supplémentaire mais transformer le rite ancien pour le rendre apte à signifier l'accomplissement nouveau de l'oeuvre de Dieu pour le salut de son peuple. Désormais ce repas de délivrance sera pris, non plus en mémoire de la sortie d'Egypte, mais "en mémoire de moi".

- Comme dans la succession circoncision/baptême, la nouvelle forme du rite fait disparaître la nécessité du sang répandu : en effet, au lieu de présenter un morceau de viande d'agneau comme symbole de son sacrifice, Jésus choisit les éléments du pain et du vin. La Pâque nouvelle se trouve donc parfaitement et définitivement accomplie sur la croix où meurt l'ultime et véritable agneau pascal (Jn.1/29, 1 Cor.5/7, Apoc.5).

- C'est pourquoi, en donnant la coupe de vin, Jésus déclare qu'il s'agit du sang de l'alliance, reprenant ainsi à son compte les paroles de Moïse en Exode 24 (v.4 à 8, voir également Héb.9/18 à 20). L'évangile de Luc et le texte de 1 Corinthiens 11 précisent : "le sang de la nouvelle alliance", montrant par là très clairement qu'à la modification du rite correspond une économie nouvelle de l'alliance de grâce.

BAPTEME ET CENE : RESSEMBLANCE ET DISSEMBLANCES

RESSEMBLANCES :
* les deux sacrements sont signes de l'alliance que Dieu par pure grâce a établie et confirmée avec son peuple ;
* les deux sacrements se situent dans un même rapport de continuité et de renouvellement vis-à-vis de la grâce signifiée dans l'Ancien Testament : le baptême venant succéder à la circoncision et la cène au repas de la Pâque ;
* la réalité signifiée et scellée par ces deux sacrements est la même : il s'agit du Christ, et plus précisément de sa mort sur la croix (Gal.3/27, Mc.14/22 à 24) ;
* le rapport à la Parole est le même : dans un cas comme dans l'autre le signe est lié à la Parole qui lui donne son sens, il n'apporte rien que la Parole n'apporte également; il vient seulement sceller cette Parole d'une manière originale et personnalisée de telle manière que celle-ci soit reçue avec plus de force ;
* le rapport à la foi est le même : dans un cas comme dans l'autre si le signe est acte de Dieu, non en vertu de la foi de celui qui le reçoit mais en vertu des promesses divines, il ne s'ensuit pas que la grâce qui l'accompagne pourrait s'accomplir hors la foi. Le sacrement est donné dans un cadre de foi en vue de l'édification du fidèle et de l'Eglise, dans la foi ;
* baptême et sainte cène contribuent enfin, non seulement au salut du croyant, mais aussi à l'unité de l'Eglise. "Il y a un seul baptême" (Eph.4/5) comme il y a un seul corps en Christ (1 Cor.10/17).

DISSEMBLANCES
* la différence de forme du rite : remarquons que dans la cène il est demandé au participant de manger le pain et boire le vin, c'est-à-dire d'assimiler maintenant ce qui est donné au travers des éléments. La cè ne est un acte de Dieu qui appelle une participation active (on prend la cène), tandis que le baptême ne demande qu'une participation passive (on est baptisé ou on reçoit le baptême) ;
* si la réalité du sacrement est la même, le rapport à cette réalité est différent : le baptême signe et scelle une promesse, tandis que la cène signe et scelle l'accomplissement central de cette promesse. De ceci il découle ...
* une différence dans les conditions d'accès : certes, dans les deux sacrements le bénéficiaire doit être reconnu comme faisant partie du peuple de l'alliance, mais lors de la cène il s'y surajoute une discipline qui consiste à préparer le "communiant" à cette manducation spirituelle du corps et du sang du Christ (1 Cor.11/27 à 29). Autrement dit, les enfants dans l'alliance n'y ont accès que lorsqu'ils sont en mesure de comprendre et d'assimiler pour eux-mêmes les promesses qui ont été prononcées sur eux à l'occasion de leur baptême.
* une différence d'application : le baptême, rite d'incorporation au peuple de l'alliance, signe et sceau des promesses de salut, n'est reçu qu'une seule fois, tandis que la cène, signe et sceau d'une nourriture effective accompagne et rythme la vie en Christ, entre l'austère repas de la dernière Pâque de Jésus avec ses disciples et le festin des noces de l'Agneau (1 Cor.11/26).

PRESENCE DU CHRIST LORS DE LA CENE

- Les paroles de Jésus, "ceci est mon corps" et "ceci est mon sang", ont peu à peu, dans l'histoire de l'Eglise, été comprises dans un sens substantiel : dans l'eucharistie, Dieu se communiquait à nous à travers les éléments du pain et du vin.

- Au VIIe siècle les chrétiens orientaux définirent, grâce à la philosophie d'Aristote, le comment de cette communication : certes, la matière du pain et du vin reste ce qu'elle est mais ces éléments sont trans-formés par les paroles de consécration, en conséquence leur forme est désormais celle du corps et du sang de Christ. Le pain et le vin sont alors imprégnés de forces divines occultes tout en restant ce qu'ils sont.

- Au IXe siècle le moine Paschase Radbert définit le dogme de la transsubstantiation. Celui-ci affirme que les éléments eucharistiques sont littéralement changés lors de leur consécration. Ils deviennent corps et sang du Christ sous des apparences (trompeuses !) semblables à leur état d'origine.
Ces doctrines se sont développées sur fond d'anciennes croyances païennes selon lesquelles le contact physique permettait la communication de vertus intérieures.

- A la Réforme, Martin Luther, tout en se dégageant de la stricte doctrine romaine, maintient cependant un lien substantiel entre le Christ et les éléments matériels du sacrement. On parlera de consubstantiation. Le pain et le vin demeure dans leur nature, mais le corps et le sang du Christ sont présents d'une manière ineffable "dans", "avec", et "sous" le pain et le vin.

- Jean Calvin mettra un terme à ces conceptions héritées du paganisme et de la philosophie grecque, en parlant de métonymie à propos des paroles du Christ. Pain et vin représentent le corps et le sang du Christ. Néanmoins, ceci ne réduit pas le geste de la cène à un simple mémorial dépourvu de vertu divine. D'une manière spirituelle mais réelle, par l'effet de l'Esprit, le Christ se donne effectivement dans le sacrement de la cène. Certes, sa présence n'est pas liée aux éléments d'une manière substantielle, mais par sa volonté souveraine il a décidé de se donner à nous de cette manière-là, comme il le fait par ailleurs au moyen de sa Parole et dans le rassemblement de la communauté.

Lectures complémentaires
à télécharger

de Jean Calvin : extrait de "L'Institution Chrétienne - édition abrégée en français moderne" éd. Presses Bibliques Universitaire, Lausanne 1985, pages 203 à 209
&

Confession de foi de La Rochelle : articles 36 à 38
&
La Didachè : 14.1-3, et 9.1 à 10.7
&
de Auguste Lecerf : extrait de "Des moyens de la grâce" in Revue Réformée n°22/1955 ; les pages 91 à 93
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3.

Histoire de l'Eglise (C/5)

Les documents ci-dessous sont essentiellement issus d'un dossier catéchétique publié au début des années 70 par la Société des Ecoles du Dimanche et intitulé : "30 fiches d'histoire de l'Eglise". Ce dossier n'est plus édité.
La première, et surtout la seconde de ces deux fiches, ont été remaniées à la lumière du recul historique que donne le temps présent.

L'Eglise et le monde
de 1870 à 1914

J Le XIXe siècle connaît un extraordinaire développement de la technique qui entraîne une révolution industrielle et la formation d'une classe ouvrière assez forte pour affirmer son existence et ses exigences.

L Dans l'Eglise romaine le concile de Vatican 1 (1869-1870) reconnaît au pape les privilèges de l'infaillibilité et de la plénitude de l'autorité en ce qui concerne le gouvernement de l'Eglise.

K La loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat (1905) fait entrer les Eglises de France dans une voie nouvelle.

I. - LE CATHOLICISME.

1. - Le pape désigné par le conclave de 1846 prend le nom de Pie IX. Considéré comme un pape aux tendances libérales au moment de son élection, il évolue rapidement vers l'intransigeance.

2. - Sous le pontificat de Pie IX, le plus long de l'histoire de l'Eglise, trois événements importants se produisent :
- 1864 : Pie IX condamne, par l'encyclique Quanta Cura et le Syllabus, les erreurs de la société moderne, du catholicisme libéral au communisme.
- La disparition des Etats pontificaux met fin au pouvoir temporel du pape. La loi des Garanties ne reconnaît la souveraineté du pape que sur le Vatican, le Latran et la résidence d'été de Castel Gandolfo.
- Le premier concile du Vatican convoqué par le pape Pie IX pour le 8 décembre 1869 réunit environ 700 prélats. L'ordre du jour fixé par le pape comporte l'étude de l'infaillibilité pontificale.
Le concile reconnaît au pape un double privilège : celui de la plénitude de l'autorité gouvernementale et celui de l'infaillibilité. D'une part, le pape étend son autorité à toute l'Eglise romaine, non seulement en matière de foi, mais aussi de discipline et de gouvernement. D'autre part, quand le pape décide, dans l'exercice de ses fonctions de pasteur et de docteur des chrétiens, la fixation d'une doctrine d'intérêt général, il jouit de l'infaillibilité, c'est-à-dire qu'il ne peut se tromper. L'infaillibilité du pape est acquise par 535 voix contre 2, les opposants n'ayant pas voulu prendre part au vote.
Le concile est interrompu par la guerre franco-allemande.

3. - Le pontificat de Léon XIII est marqué par une ouverture du Vatican aux problèmes posés par le monde d'alors. Léon XIII essaie d'apaiser le conflit qui oppose la République française à l'Eglise, en intervenant personnellement auprès du président Grévy et en promulguant une encyclique à l'intention des évêques et des fidèles français.
Au moment où l'on voit s'affirmer un prolétariat aux réactions souvent anticléricales, Léon XIII fixe la doctrine sociale de l'Eglise romaine dans l'encyclique Rerum novarum (1891). Il reconnaît l'importance de la question ouvrière, mais repousse les remèdes proposés par le socialisme. Le monde ouvrier se détache de plus en plus de l'Eglise.

II. - LE PROTESTANTISME.

1. - Le protestantisme apparaît de plus en plus divisé. L'Alliance Evangélique, créée en 1846, veut cependant montrer qu'une grande unité de foi subsiste au delà des directions ecclésiastiques parmi tous ceux qui confessent un christianisme positif, hérité de la Réforme et des Réveils.

2. - Au lendemain de la guerre de 1870, se tiennent deux importants synodes qui réorganisent le protestantisme français :
Le synode luthérien de Paris réunit l'inspection de Paris et celle de Montbéliard, puisque l'Alsace et la Lorraine sont cédées à l'Allemagne. Il modifie les ordonnances ecclésiastiques qui étaient en vigueur avant la guerre de 1870-71.
Le synode réformé, réuni également à Paris, adopte la Déclaration de foi de 1872, qui atteste la continuité de l'Eglise réformée implantée en France et rappelle les grands principes de la Réforme : le salut par la foi et l'autorité de la Bible.

Déclaration de 1872

Au moment où elle reprend la suite de ses Synodes interrompus depuis tant d'années, l'Eglise réformée de France éprouve avant toutes choses le besoin de rendre grâces à Dieu, et de témoigner son amour à Jésus-Christ, son divin Chef, qui l'a soutenue et consolée durant le cours de ses épreuves.

Elle déclare qu'elle reste fidèle aux principes de foi et de liberté sur lesquels elle a été fondée. Avec ses pères et ses martyrs dans la confession de La Rochelle, avec toutes les Eglises de la Réformation dans leurs divers symboles, elle proclame l'autorité souveraine des Ecritures en matière de foi et le salut par la foi en Jésus-Christ fils unique de Dieu, mort pour nos offenses et ressuscité pour notre justification.

Elle conserve donc et elle maintient à la base de son enseignement de son culte et de sa discipline, les grands faits chrétiens représentés dans ses sacrements, célébrés dans ses solennités religieuses et exprimés dans sa liturgie, notamment dans la Confession des péchés, dans le Symbole des apôtres et dans la liturgie de la Sainte Cène.

3. - A la fin du XIXe siècle le protestantisme voit naître le mouvement du christianisme social et deux oeuvres qui sont un puissant moyen d'évangélisation des masses populaires :
- L'Armée du Salut, fondée en 1865 par William Booth. Implantée maintenant en quatre-vingt-deux pays, elle compte 30 000 officiers et assure la marche de 24 000 oeuvres sociales et chrétiennes. Elle pénètre en France en 1881 par les soins de la fille aînée du fondateur.
- La Croix-Bleue. Fondée en Suisse, elle pénètre d'abord au Pays de Montbéliard ; puis une section se crée à Paris en 1884. Elle est étroitement liée à l'évangélisation des milieux ouvriers. Son but essentiel est le relèvement, avec l'aide de Dieu, des buveurs ; elle préconise une abstinence totale de boissons alcoolisées.

IlI. - LA LOI DE SEPARATION DE L'EGLISE ET DE L'ETAT

En France, les relations concordataires qui existent entre l'Eglise et l'Etat depuis Napoléon ler sont mises en question sous la IIIe République. Les républicains laïques demandent la séparation de l'Eglise et de l'Etat afin d'obtenir la sécularisation complète de l'Etat.
Les catholiques, à part quelques rares exceptions, souhaitent le maintien de la situation concordataire. Quant aux protestants, ils sont pour la plupart, favorables à une séparation qui doit les rendre indépendants de l'Etat.
La loi de séparation est votée le 9 décembre 1905 ; elle déclare en particulier que la République ne reconnaît ni ne salarie aucun culte. Les Eglises peuvent s'organiser en associations cultuelles.
Cette loi, qui ne s'applique pas à l'Alsace et à la Lorraine où subsiste le régime concordataire, apporte à l'Eglise une totale liberté pour la célébration du culte, les réunions et les assemblées ecclésiastiques, le choix de ses responsables, la création d'Eglises. Mais les Eglises doivent faire face par elles-mêmes aux dépenses qu'entraînent leur vie et leur développement.
En 1906 le pape Pie X condamne solennellement la loi de séparation et interdit l'organisation d'associations cultuelles. Le protestantisme français accueille cette loi de séparation avec calme, et s'organise pour faire face aux nouveaux problèmes.

  THEMES DE TRAVAUX ET DE RECHERCHES.

1. La vitalité d'une union d'Eglises ne se manifeste pas seulement par la vie de ses paroisses, mais aussi par les oeuvres et les mouvements qu'elle a inspirés. Quelles oeuvres ou quels mouvements votre Eglise a-t-elle inspirés ? Quel est leur lien avec votre Eglise ?

2. Faites une enquête sur l'organisation de la communauté à laquelle vous appartenez. S'il y a une association cultuelle, combien comprend-elle de membres ? Quand se réunit l'assemblée générale de cette association ? Quel en est l'ordre du jour ?

 

Documents :

SUR LA CONDITION DES OUVRIERS

Toute l'économie des vérités religieuses est de nature à rapprocher et à réconcilier les riches et les pauvres, en rappelant aux deux classes leurs devoirs mutuels, et avant tous les autres, ceux qui dérivent de la justice. Parmi ces devoirs, voici ceux qui regardent le pauvre et l'ouvrier : il doit fournir intégralement et fidèlement tout le travail auquel il s'est engagé par contrat libre et conforme à l'équité, il ne doit point léser son patron, ni dans ses biens, ni dans sa personne ; ses revendications mêmes doivent être exemptes de violences et ne jamais revêtir la forme de séditions, il doit fuir les hommes pervers qui lui suggèrent des espérances exagérées.

Quant aux riches et aux patrons, ils ne doivent point traiter l'ouvrier en esclave ; il est juste qu'ils respectent en lui la dignité de l'homme relevée encore par celle du chrétien. Ce qui est honteux et inhumain, c'est d'user de l'homme comme d'un vil instrument de lucre, de ne l'estimer qu'en proportion de la vigueur de ses bras. Le christianisme, en outre, prescrit qu'il soit tenu compte des intérêts spirituels de l'ouvrier et du bien de son âme. Aux maîtres il revient de veiller qu'il y soit donné pleine satisfaction ; que l'ouvrier ne soit point livré à la séduction et aux sollicitations corruptrices ; que rien ne vienne affaiblir en lui l'esprit de famille, ni les habitudes d'économie. Défense encore aux maîtres d'imposer à leurs subordonnés un travail au-dessus de leurs forces ou en désaccord avec leur âge ou leur sexe. Mais, parmi les devoirs principaux du patron, il faut mettre au premier rang celui de donner à chacun le salaire qui convient : que le riche et le patron se souviennent qu'exploiter la pauvreté et la misère et spéculer sur l'indigence sont choses que réprouvent également les lois divines et humaines. Ce qui serait un crime à crier vengeance au ciel, serait de frustrer quelqu'un du prix de ses labeurs.

Enfin les riches doivent s'interdire religieusement tout acte violent, toute fraude, toute manoeuvre usuraire qui serait de nature à porter atteinte à l'épargne du pauvre. Nul assurément n'est tenu de soulager le prochain en prenant sur son nécessaire ou sur celui de sa famille, mais dès qu'on a suffisamment donné à la nécessité et au décorum, c'est un devoir de verser le superflu dans le sein des pauvres. C'est un devoir non pas de stricte justice, sauf les cas d'extrême nécessité, mais de charité chrétienne ; un devoir par conséquent dont on ne peut poursuivre l'accomplissement par les voies de la justice humaine. Quiconque a reçu de la divine Bonté une plus grande abondance, soit des biens externes et du corps, soit des biens de l'âme, les a reçus dans le but de les faire servir à son propre perfectionnement, et, tout ensemble, comme ministre de la Providence, au soulagement des autres.

Encyclique Rerum novarum (13 mai 1891).

 

1. D'après cette encyclique, quels sont les devoirs de l'ouvrier ? Contre quoi et contre qui est-il mis en garde ? Pourquoi ?
2. Quels sont les devoirs des riches et des patrons ?
3. Quel est, d'après cette encyclique, le « devoir » dicté par la « charité » chrétienne ? Connaissez-vous de riches chrétiens qui font cela ? A partir de quand est-on dans le superflu ?

 

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L'Eglise et le monde contemporain

K Deux guerres mondiales, un certain nombre de révolutions et de crises marquent le monde contemporain, un monde où les progrès de la science et les développements techniques sont souvent extraordinaires.

K L'Eglise essaie de faire face aux réalités présentes et de renouveler les formes de son témoignage dans un monde où beaucoup se désintéressent du christianisme, mais où la faim et la soif de la Parole de Dieu demeurent grandes.


I. - LE CATHOLICISME.

1. - Le catholicisme, sous la conduite des papes Pie X, Benoît XV, Pie XI, Pie XII, Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul 1er et Jean-Paul II essaie de faire face aux bouleversements du monde contemporain :
- liquidation des questions posées par la séparation de l'Eglise et de l'Etat ainsi que par la vague anticléricale du début du siècle,
- action de l'Eglise pour atteindre les milieux ouvriers avec notamment la reconnaissance du mouvement des prêtres-ouvriers,
- questions missionnaires posées par l'accession de nombreux peuples à l'autonomie,
- témoignage des croyants dans un monde qui ignore souvent le christianisme, se traduisant par l'intégration des laïques dans la catéchèse et le service religieux pour faire face à la pénurie de prêtres
- renouvellement des structures de l'Eglise,
- renouveau liturgique et biblique,
- collaboration avec les autres Eglises, qu'il n'est plus possible d'ignorer,
- intégration du "renouveau charismatique".

2. - Le concile de Vatican II, commencé le 11 octobre 1962 sous le pontificat de Jean XXIII, s'achève le 8 décembre 1965 sous le pontificat de Paul VI. Durant les quatre sessions du concile les pères conciliaires (plus de 2 000) essaient de donner des solutions aux principaux problèmes posés par la nécessaire adaptation de l'Eglise romaine au monde contemporain. Des réformes hautement symboliques sont adoptées comme par exemple l'abandon du latin comme langue liturgique au profit des langues locales.

II. - LE PROTESTANTISME.

A bien des égards le protestantisme mondial se trouve en face de problèmes identiques à ceux du catholicisme. Cependant certaines évolutions sont particulièrement liées à son identité.

1. Face à l'émiettement confessionnel qui est allé en s'accélérant au XIXe et XXe siècle, une prise de conscience de la nécessité d'organismes fédérateurs s'est imposée. On notera en France la création de la Fédération Protestante de France (1909) ; la fusion aboutissant en 1938 à la constitution de l'Eglise Réformée de France ; et au niveau mondial le Conseil Oecuménique des Eglises (1948), lequel inclut également l'Eglise orthodoxe d'Orient.

Déclaration de foi de 1938
constitutive de l'Eglise Réformée de France

Au moment où elle confesse sa foi au Dieu Souverain et au Christ Sauveur, l'Eglise Réformée de France éprouve avant toutes choses le besoin de faire monter vers le Père des miséricordes, le cri de sa reconnaissance et de son adoration.

Fidèle aux principes de foi et de liberté sur lesquels elle est fondée, dans la communion de l'Eglise universelle, elle affirme la perpétuité de la foi chrétienne à travers ses expressions successives, dans le symbole des Apôtres, les symboles Oecuméniques et les confessions de foi de la Réforme, notamment la Confession de La Rochelle ; elle en trouve sa source dans la révélation centrale de l'Evangile : Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en Lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle.

Avec ses pères et ses martyrs, avec toutes les Eglises issues de la Réforme, elle affirme l'autorité souveraine des Saintes Ecritures, telle que la fonde le témoignage intérieur du Saint-Esprit, et reconnaît en elles la règle de la foi et de la vie. Elle proclame, devant la déchéance de l'homme, le salut par grâce, par le moyen de la foi en Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, qui a été livré pour nos offenses et qui est ressuscité pour notre justification.
Elle met à la base de son enseignement les grands faits chrétiens affirmés dans l'Evangile, représentés dans ses sacrements, célébrés dans ses solennités religieuses et exprimés dans sa liturgie.
Pour obéir à sa divine vocation, elle annonce au monde pécheur l'Evangile de la repentance et du pardon, de la nouvelle naissance, de la sainteté et de la vie éternelle
.

 

Base du Conseil Oecuménique des Eglises (COE)

Le C.O.E. est une association fraternelle d'Eglises qui confessent le Seigneur Jésus-Christ comme Dieu et Sauveur selon les Ecritures et s'efforcent de répondre ensemble à leur commune vocation pour la gloire du seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit.

2. Une intense activité théologique se déploie au cours du XXe siècle. Après la vague "libérale" en faveur dans les Facultés, le succès de la pensée de Karl Barth (1886-1968) semble dessiner un retour vers la foi des Réformateurs. On parlera de néo-orthodoxie.
Le mouvement s'essoufflera cependant assez vite et laissera la place à des recherches théologiques qui se veulent très libres par rapport à la tradition de foi, non seulement de la Réforme, mais de la chrétienté en général. La plupart des Eglises historiques (Réformées ou luthériennes) se laisseront envahir par ces spéculations de telle sorte que la notion d'hérésie va disparaître au profit d'un pluralisme doctrinal qui devient désormais une caractéristique majeure de leur identité.
Malgré leur volonté d'être en phase avec le monde présent, ces Eglises connaissent, notamment dans la seconde moitié du XXe siècle, une érosion substantielle du nombre de leurs fidèles. En revanche, le courant des Eglises de professants - dites généralement "Eglises évangéliques" - devient de plus en plus significatif en France et dans le monde.

3. Le réveil "charismatique" ou "pentecôtiste" est également caractéristique du XXe siècle. Venu en deux vagues : l'une au début du siècle et aboutissant à la création d'Eglises indépendantes, l'autre à partir des années 60 et s'intégrant pour une part dans les Eglises historiques et pour l'autre part aboutissant à la création d'Eglises charismatiques. Après une phase de rejet des institutions traditionnelles, le pentecôtisme reconnaît de plus en plus son appartenance au protestantisme.

4. Sur le plan missionnaire, toutes tendances confondues, l'engagement a été et demeure très important, se soldant à la fin du siècle par une progression remarquable des implantations d'Eglises de par le monde. Sans aucun doute, les chrétiens pentecôtistes (ou assimilés) ont été parmi les plus missionnaires et leur augmentation sur tous les continents est à la mesure de leur zèle.

 


Document :


L'EGLISE GARANTIE ET MENACEE

L'Eglise est à la fois garantie et menacée : garantie d'en haut, menacée d'en bas.

Elle est garantie par la vie indestructible de son chef, le Seigneur Jésus-Christ ressuscité des morts, par le caractère définitif de l'oeuvre qu'il a accomplie une fois pour toutes, par la puissance de la Parole et de l'Esprit qu'il détient, par l'impossibilité d'épuiser le témoignage que lui rendent les prophètes et les apôtres, par la validité du baptême et de la sainte cène, signes institués par lui, par la fidélité inlassable de Jésus-Christ à l'égard de sa congrégation.

Elle est menacée.
Première forme de cette menace : la Bible, le dogme, le catéchisme, la discipline ecclésiastique, la liturgie, la prédication et le sacrement, de témoignages et d'instruments deviennent des pièces de musée. Le Royaume de Dieu qui s'est approché en Jésus-Christ devient un monde fantomatique de vénérables vérités et de suprèmes lois morales. Là où la Parole et l'Esprit dispensaient leurs libres dons, on suit l'ornière d'une routine créée par des possessions religieuses et morales.
Deuxième forme de cette menace : la congrégation peut partager son attention et sa fidélité entre, d'une part, son devoir envers son Seigneur et, selon que celui-ci l'ordonne, envers le monde ; d'autre part, les obligations qu'elle croit devoir assumer en vertu de multiples considérations bien différentes : « exigences de l'heure », égards dus au monde ambiant, aux circonstances politiques et économiques, nécessité de tenir compte des tendances de la culture dominante, de ses idéologies, de ses critères moraux, respect de certaines traditions et de certaines structures ecclésiastiques éprouvées. C'est alors que la congrégation vit et prêche le « christianisme », comme on l'appelle. En vérité, c'est un mélange dans lequel l'élément étranger s'avère régulièrement le plus fort.
Troisième forme de cette menace : la congrégation oublie littéralement, elle abandonne son don et sa tâche spécifiques au profit d'autres préoccupations : les exigences, les convictions et les entreprises particulières des « chrétiens » réunis en elle, toutes choses étrangères, parfois même opposées à l'appartenance des chrétiens à Jésus-Christ. La foi en l'Evangile est remplacée par la religiosité des chré tiens, l'amour par leur attachement à certains idéaux, l'espérance par leur confiance en toutes sortes de progrès individuels ou sociaux.

Karl BARTH. « L'Eglise ».

 

1. L'Eglise est garantie par Jésus-Christ. Quels sont les éléments qui caractérisent cette garantie ?
2. Quelles sont les trois formes de la menace qui pèse sur l'Eglise ?
3. Quelle est la tâche spécifique de l'Eglise ?


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