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Cours de formation générale : séquence C/1

Comme tous les cours de formation générale, cette page comprend 3 unités :

  1. Le cours de théologie biblique (seuls les titres de chapitre sont actuellement disponibles)
  2. Le cours de doctrine ;
    accompagné des lectures complémentaires
    (à télécharger)
  3. Le cours d'histoire de l'Eglise (ou plus exactement les fiches distribuées lors des cours)

1.

Plan du cours de théologie biblique (C/1)
L'Evangile de Jésus, le Christ

1/ JESUS ROI D'ISRAEL

a/ Jésus, Sauveur, Roi et Messie

b/ Une messianité cachée

c/ Le Royaume de Dieu

2/ JESUS ET L'ANCIEN TESTAMENT

a/ Jésus, clé d'interprétation de l'Ancien Testament

b/ Jésus, accomplissement du message de l'Ancien Testament

c/ La réalisation des promesses

3/ LE MYSTERE DE LA PERSONNE DE JESUS

a/ Découvrir qui est Jésus

b/ Les miracles comme révélation de lui-même

c/ Appelés à croire en lui

4/ SA MORT ET SA RESURRECTION/ASCENSION

a/ Sa mort, une victoire

b/ Sa mort, jugement et salut

c/ Sa résurrection, avenir du monde

2.

Cours de doctrine C/1
L'EGLISE

L'Eglise est une réalité qui nous est familière mais en même temps l'ecclésiologie (doctrine de l'Eglise) est un terrain difficile qui constitue très souvent la pierre d'achoppement principale entre les différentes confessions de la chrétienté. De l'Eglise quasi-divine, telle que nous la présente la dogmatique catholique, jusqu'à sa négation même dans la pensée de John Nelson Darby, le conflit ecclésiologique, on le voit, n'est pas prêt d'être résolu. Nous nous attacherons donc ici à faire connaître et à justifier, d'un point de vue biblique, la position réformée.

L'EGLISE, PEUPLE DE DIEU

- Le mot "Eglise" est une adaptation du grec "ecclésia", lequel figure 116 fois dans le Nouveau Testament.

- "Ecclésia" a à sa racine le verbe "kaleo" qui veut dire "appeler", et le préfixe "ek" qui signifie "hors de". Cette approche étymologique dévoile bien le sens biblique du mot : L'Eglise c'est en effet l'assemblée de ceux qui sont appelés par Dieu pour constituer dans le monde un peuple à part (saint) qui lui appartienne en propre (Dt.4/20 ; Tt.2/14).

- L'Eglise commence donc avec l'appel d'Abraham et l'Alliance conclue avec sa descendance. L'Israël de l'ancienne Alliance, c'est déjà l'Eglise sous sa forme première et nationale. Le discours d'Etienne en Actes 7/38 confirme ce fait (mention du terme "ecclésia" pour désigner l'assemblée d'Israël au désert), ainsi que la traduction grecque de l'Ancien Testament (Septante) qui utilise fréquemment "ecclesia" pour traduire le "qahal" hébreu (cf. Néhémie 13/1 où on pourrait traduire légitimement : "l'Eglise de Dieu").

- Ainsi l'Eglise, en tant que société humaine mise à part, est voulue par Dieu. Elle prend une place incontournable dans l'oeuvre de la Rédemption, à tel point que l'échec et la fin de l'histoire d'Israël ne met pas un terme à cette dimension collective de l'action de Dieu pour le salut de l'homme. Avec la venue de Jésus s'ouvre le temps nouveau de l'Eglise universelle, le temps de l'Eglise du Christ (Mt.l6/18). Cette dernière, faite de Juifs et surtout de non-juifs, se greffe littéralement sur le tronc d'Israël et poursuit ainsi sa vocation de peuple de Dieu (Rm.11/I7).

L'EGLISE ET LE SALUT

- Calvin a développé une idée augustinienne qui est une clef d'interprétation très précieuse pour comprendre le rapport biblique entre l'Eglise et le salut : C'est la distinction entre l'Eglise visible et l'Eglise invisible. L'une est rendue manifeste par son organisation spatiale et temporelle (institution) (2Co.l/1), tandis que l'autre est encore cachée ; c'est la nouvelle Jérusalem composée de tous ceux dont le nom est inscrit dans les cieux (Lc.10/20), et qui apparaîtra dans toute sa vérité au jour du Seigneur (Col.3/3-4 ; Ap.21/2).

- Ces deux faces de la même pièce (parce qu'il y a bien en effet une seule Eglise, (cf. Eph.4/4) ne se recouvrent pas parfaitement, car si l'Eglise invisible est constituée par la totalité des sauvés, il n'en est pas de mêame de l'Eglise visible. Cette dernière, si elle porte en elle les promesses de l'Evangile, puissance de salut pour quiconque croit (Mt.16/l9), ne peut prétendre rassembler aujourd'hui tous les sauvés et rien que des sauvés ! Plusieurs paraboles de Jésus, notamment celle du filet (Mt.13/47-50), montrent l'Eglise sous la forme d'un rassemblement qui ne correspond pas (encore) au seul groupe des élus. L'Eglise visible est en vue du sa lut, et elle l'est d'abord pour ses propres membres. L'exemple d'Israël reste donc parlant pour l'Eglise de la nouvelle Alliance comme le rappelle Paul en 1 Corinthiens 10.

- Parce qu'elle s'inscrit dans l'histoire des hommes, l'Eglise visible est en constante évolution, visant un devenir tout autant quantitatif que qualitatif (Act.9/31). Ce faisant, elle épouse dans sa marche les solidarités humaines naturelles, notamment les structures sociales fondamentales que constituent le couple et la famille (Gn.l7/7 ; Ac.2/39 ; 1Co.7/14 ; Ac.l6/15 ou 31).

LES MARQUES ET ATTRIBUTS DE L'EGLISE VISIBLE

- L'Eglise visible est un rassemblement autour de la personne du Christ, et à cause de cette réalité dynamique on ne peut la qualifier à partir du bas, c'est à dire à partir des croyants qui la composent, mais on est engagé à la reconnaître à partir du haut, c'est-à-dire en fonction de la Parole et des signes qui la constituent et la font vivre (Rm.9/4, Eph.2/20). L'Eglise est donc ce peuple formé d'hommes et de femmes et d'enfants rassemblés dans une communauté de foi par la proclamation et l'écoute de la Parole de Dieu.

- L'Eglise, peuple de Dieu, bénéficie en permanence d'une double grâce : Elle entend la Parole de Dieu, et selon les promesses de cette même Parole, jouit de la présence divine d'une manière particulière (Ex.33/16-l7 ; Mt.28/20 ; Eph.1/23)

- Parce que toute son existence est liée au Christ et à sa Parole comme la nacelle sous le ballon qui la porte, l'Eglise est toujours plus et au-delà de la seule réalité des individus qui la composent (Mt.l8/20). Elle est le "corps du Christ" ou "l'épouse de Christ" et à ce titre elle est revêtue d'une autorité, que Calvin dira "maternelle", auprès des croyants (1Ti.3/l5).

- Ainsi, à cause du Christ et de sa Parole, l'Eglise visible n'est pas démunie des attributs de l'Eglise invisible : Elle est Une dans sa diversité et malgré ses conflits internes (1Co.l/l0-13, 12/13), elle demeure Sainte au-delà de toutes ses infidélités (Jn.15/3 ; Ep.5/26-27). C'est pourquoi l'Eglise visible doit être honorée et nul ne peut s'en tenir à l'écart sans offenser celui qui la rassemble en vue du Royaume (He.12/22-24, 10/25).

- Enfin, l'Eglise constitue le test de notre réconciliation. Elle est la manifestation historique de l'acte de pardon et de communion par lequel nous sommes sauvés (Jn.13/35, 1Jn.4/20, 5/1, 1Th.4/9).

Lectures complémentaires
à télécharger

de Jean Calvin : "Eglise visible et invisible" extrait de "L'Institution de la Religion Chrétienne" version française de 1560, volume IV
Editions Kérygma-Farel ; Etats-Unis 1978 ; les pages 20 à 25
&
de Pierre Marcel : extrait de "Le baptême, sacrement de l'alliance de grâce" la Revue Réformée n°2-3, 1950 (voir note ci-dessous) ; pages 70 à 72
&
de F.J. Leenhard : " Réalité et caractères de l'Eglise" in Cahier Théologiques H.S. n°4/ 1948, pages 78-79

document RTF de 40 ko
Note : Cette étude étant devenue introuvable, les éditions Kerygma ont eu l'initiative d'en reprendre l'essentiel dans un ouvrage de 120 pages intitulé : "L'alliance de grâce". Paru à la fin de l'année 2000, il est actuellement disponible aux Editions Kerygma ; 33 av. Jules Ferry, 13100 Aix-en-Provence, France.


3.

Histoire de l'Eglise (C/1)

Les documents ci-dessous sont essentiellement issus d'un dossier catéchétique publié au début des années 70 par la Société des Ecoles du Dimanche et intitulé : "30 fiches d'histoire de l'Eglise". Ce dossier n'est plus édité.

De l'Edit de Nantes à sa Révocation

L Le XVIIe siècle s'ouvre sur une perspective heureuse pour le protestantisme français ; mais après l'assassinat d'Henri IV et le règne de Louis XIII, le règne de Louis XIV marque la fin d'une espérance et le début d'une ère de persécutions.

K Le catholicisme français, au contraire, se renouvelle au cours du XVIIe siècle, grâce à des personnalités remarquables, mais parfois intolérantes.


I. - LE REGNE DE LOUIS XIII

1. - Marie de Médicis, régente après la mort d'Henri IV, confirme l'Edit de Nantes. Mais le catholicisme retrouve la faveur des rois et de leurs ministres ; les protestants se sentent menacés et organisent, par des assemblées politiques, leur sécurité et leur résistance.

2. - Louis XIII, très dévot, souvent influencé par les jésuites, agit contre les réformés.
En 1620, à la tête d'une armée, il se rend dans le Béarn où la population est réformée dans sa totalité, pour y rétablir le catholicisme. De ce fait le Béarn et la Navarre sont rattachés à la couronne.
Les protestants se réunissent à La Rochelle en assemblée générale, sans l'autorisation du roi. Au printemps 1621, apprenant que le roi se dirige vers l'ouest et le midi, l'assemblée générale vote un règlement qui fait de la France protestante une république fédérative sur le type des Provinces-Unies. La Rochelle et Montauban résistent aux troupes royales ; Montpellier repousse tous les assauts. Une paix est signée en 1622, mais le protestantisme est encore affaibli. Pourtant l'Edit de Nantes est confirmé par cette paix.
En 1625 Soubise, beau-frère du duc de Rohan, occupe l'île de Ré tandis que Rohan mène la guerre en Languedoc.
Le cardinal de Richelieu, adoptant finalement les conseils du Père Joseph, partisan de l'anéantissement des hérétiques, engage une lutte dont l'occasion lui est fournie par le débarquement dans l'île de Ré du duc de Buckingham, naguère chassé de France. C'est le siège de La Rochelle, qui doit se rendre (1628). Privas est ravagée et brûlée par les troupes du roi, tandis que Montauban, Castres, Millau et Nîmes sont dévastées. Louis XIII, par l'Edit de Grâce d'Alès (1629) désarme les huguenots et les livre désormais à son bon plaisir.

3. - La Guerre de Trente ans dévaste et appauvrit une bonne partie de l'Europe. Elle S'achève en 1648 par les traités de Westphalie qui manifestent la victoire des puissances protestantes. Mais c'est maintenant le jeune Louis XIV qui est roi de France.

II. - LA REVOCATION DE L'EDIT DE NANTES.

1. - Louis XIV continue l'oeuvre de son père en sapant progressivement les clauses de l'Edit de Nantes. Influencés par les jésuites, les assemblées du clergé et la fameuse Compagnie du Saint Sacrement, la cour et les parlements réussissent à faire interpréter les articles de l'Edit de Nantes dans un sens de plus en plus restrictif et défavorable aux protestants. Les vexations commencent, les synodes nationaux sont supprimés (le dernier a lieu à Loudun en 1659), et de nombreux temples sont détruits. Les écoles et les collèges protestants disparaissent, les réformés sont écartés des fonctions publiques, les enfants enlevés à leurs parents pour devenir catholiques. A partir de 1680 la persécution s'affirme et se généralise : on exige des conversions par la force, on loge des dragons chez les protestants qui subissent d'odieux outrages. L'argent est distribué à ceux qui se convertissent ; c'est ainsi qu'en 1682 les listes présentées au roi comprennent 58 130 noms de réformés convertis au moyen de ce qu'on appelle " la caisse des conversions ".
En 1685, il ne reste plus que 63 temples sur les 760 autorisés naguère. La cour et le roi se laissent persuader qu'il n'y a plus de réformés dans le royaume. Toutes les dispositions sont prises pour une révocation dont le contenu est bien fait pour porter le coup final au protestantisme français.

2. - Le 18 octobre 1685, le roi signe à Fontainebleau l'acte de Révocation de l'Edit de Nantes qui a été rédigé par Michel Le Tellier, chancelier de France et père du ministre de la guerre Louvois. En signant cet acte, le chancelier Le Tellier entonne le cantique de Siméon : " Seigneur tu laisses maintenant aller ton serviteur en paix " et de fait il meurt le 31 octobre. Mais le 22 octobre l'édit de Révocation a été enregistré par le Parlement.
Par cet édit le roi ordonne : la suppression de tout exercice public du culte, la démolition des temples, le bannissement des pasteurs dans un délai de quinze jours, l'obligation pour tous les protestants de faire instruire leurs enfants dans la religion catholique, l'interdiction d'émigrer, le retour de ceux qui sont sortis du royaume sous peine de confiscation des biens.

3. - Après 1685, le protestantisme français traverse une des périodes les plus difficiles de son histoire. Les temples sont détruits, certains pasteurs abjurent, d'autres (la grande majorité) se réfugient à l'étranger.
La plupart des fidèles apposent leur signature sur les registres d'abjuration ; il s'agit souvent d'abjuration pour la forme. Les "opiniâtres" préfèrent l'exil. Combien quittent le royaume ? Le chiffre n'a pu être exactement fixé (probablement aux environs de 500 000). Cette population qui émigre dans les pays protestants de l'Europe constitue "Le Refuge". Terrible hémorragie pour la France qui s'appauvrit d'une importante partie de l'élite de sa population. La Suisse, l'Allemagne, les Pays Scandinaves, l'Angleterre et la Russie accueillent avec profit ces émigrants qui leur apportent leurs techniques artisanales, les secrets de leur industrie et leurs lumières intellectuelles.
Mais en France la lutte continue ; ne pouvant vivre légalement, les réformés se réfugient dans la clandestinité où Louis XIV ne leur ménage aucun coup.

IlI. - LE RENOUVELLEMENT DU CATHOLICISME FRANÇAIS.

1. - En application des décisions du concile de Trente, on crée des séminaires pour le clergé régulier, en principe un par diocèse ; ce qui donne aux prêtres une formation systématique qui leur manquait jusqu'alors.

2. - Des ordres religieux se fondent ou s'installent en France. Le plus célèbre est l'Oratoire. Fondé en Italie par Philippe Néri, cet ordre est introduit en France par Bérulle (1611)

3. - Un renouveau des oeuvres charitables se produit sous l'impulsion de Vincent de Paul qui fonde l'ordre des Lazaristes et la Congrégation des Filles de la Charité ou Soeurs de Saint-Vincent de Paul (1633).
Dans l'enseignement, Jean-Baptiste de la Salle fonde l'Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes (1681).
Dans la prédication il faut citer Bossuet, Bourdaloue.
Mais ce renouveau du catholicisme français a parfois un aspect intolérant qui ternit légèrement la figure de rénovateurs par ailleurs remarquables.

 

  THEMES DE TRAVAUX ET DE RECHERCHES.

1. Le protestantisme était appelé par ses ennemis R.P.R., c'est-à-dire Religion Prétendue Réformée. Qu'y avait-il de blessant dans ces termes ?

2. François Rochette dit à son bourreau en 1762 : " Jugez quelle est la meilleure religion : celle qui persécute ou celle qui est persécutée ?" Cherchez des passages du Nouveau Testament qui insistent sur le fait qu'un chrétien doit accepter la persécution plutôt que d'être lui-même persécuteur pour la cause du Christ.

 

Documents :

 

LETTRE DU DUC DE ROHAN AUX SEIGNEURS DE BALE

Il y a déjà quelques années que les dures et inhumaines oppressions qu'on faisait souffrir à la plupart des florissantes Eglises de ce royaume nous ayant obligés de prendre les armes pour notre nécessaire et légitime défense, j'avais fait publier une déclaration des raisons et motifs qui m'avait induit et porté à cette extrême et fâcheuse résolution. Il faudrait plus de paroles que ce papier n'en pourrait contenir pour vous réciter le détail des persécutions que nous avons souffertes durant le cours de huit ou dix années, desquelles la guerre seule nous a donné quelque relâche. Et la paix les a fait renaître plus fortes et rigoureuses qu'auparavant, sans que la parole sacrée de notre roi, la sainteté inviolable des édits et nos plaintes et remontrances continuelles aient pu interrompre la suite de nos malheurs, tant les artifices de nos ennemis ont été puissants et le dessein qu'ils ont fait de nous perdre certain et irrévocable.
En tout plein d'endroits du royaume, les temples ont été démolis ou occupés, les pasteurs emprisonnés, chassés et assommés, ceux qui avaient témoigné quelque zèle à nos Eglises, tourmentés en leurs biens et en leurs personnes, torturés, envoyés aux galères ou au gibet après avoir donné la plupart de nos biens à nos persécuteurs par confiscation et représailles. Je puis affirmer à nos puissantes et magnifiques Seigneuries en toute rondeur de conscience, que tous ces grands maux, en leurs principes et progrés, nous sont advenus dans la paix. Ces souffrances sont les seules causes qui nous ont mis les armes à la main, tant pour porter quelque changement à nos malheurs que pour empêcher que ce qui nous restait encore entier ne succombât et fut enveloppé sous les mêmes ruines. Car on a forcé tous ceux d'entre les fidèles qui vivaient sous la foi publique de leurs déclarations d'entretenir tout seuls les gens de guerre qui étaient armés à notre perte. On les a contraints par emprisonnements, confiscations de biens et divers supplices dont ils les menaçaient sans distinction d'âge, ni de sexe, d'aller à la messe et ce, non seulement à centaines mais à milliers, et le gouverneur de cette province (Languedoc) après avoir détruit par ces violences une nombreuse et florissante Eglise, a donné au public ce sacrilège spectacle de faire consumer par les flammes toutes les Bibles et livres sacrés qui restaient à ce pauvre peuple pour le consoler en sa captivité, au son des trompettes et des tambours.
je ne ferai pas mention de mes intérêts que j'ai depuis longtemps sacrifiés au salut de nos Eglises pour lequel aussi je méprise ma vie.

A Nîmes, le 24 février 1629. Henri de ROHAN.

1. En quoi la situation faite aux réformés est-elle violation de l'Edit de Nantes ?
2. Quels arguments auraient dû retenir ceux qui violaient l'Edit de Nantes ?
3. Quels sont les motifs de la révolte du duc de Rohan ?

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Louis XIV et les problèmes religieux

 

K Louis XIV se trouve aux prises avec quatre questions religieuses qui dominent son règne : le jansénisme, le gallicanisme, le quiétisme, le protestantisme.

K Le désir royal de rétablir l'unité religieuse en France ne se réalise pas.


I. - LE JANSENISME.

1. - Le problème de la grâce et des oeuvres.
Au XVIIe siècle comme au XVIe siècle un problème inquiète les hommes qui veulent connaître le salut : quel rapport y a-t-il entre la grâce et la volonté ?
A la rigueur des réformés : l'homme est sauvé par grâce, le concile de : Trente répond en montrant que les oeuvres utiles au salut sont à la fois les effets de la grâce et de la volonté de l'homme. Mais le concile ne précise pas quels rapports il existe entre la grâce et la volonté humaine.

2. - Jansénius.
Contre l'Espagnol Molina et les jésuites qui insistent sur l'importance de la volonté humaine dans le salut, l'évêque d'Ypres, Jansénius, reprend les idées d'Augustin sur la grâce. Les thèses fondamentales de son ouvrage, l'Augustinus, sont condamnées par une bulle pontificale ; mais elles trouvent un écho favorable auprès de beaucoup de chrétiens, en particulier auprès d'un groupe fervent qui vit à Port-Royal.

3. - Port-Royal.
A Port-Royal-des-Champs, au sud de Paris, dans la vallée de Chevreuse, des "Solitaires" se sont retirés dans un rnonastère. Il ne s'agit pas d'un nouvel ordre religieux, mais d'une association de gens pieux qui se consacrent à la prière, à la méditation, à l'étude, à l'enseignement : leurs "Petites Ecoles", où Racine étudie, sont réputées. Et un savant célèbre, Blaise Pascal, recoit beaucoup de Port-Royal.

4. - Blaise Pascal.
Né en 1623, Pascal est un savant précoce, auteur de nombreuses découvertes scientifiques et mathématiques, créateur de la première machine à calculer. Il a été gagné au jansénisme à Rouen en 1646 par deux gentilshommes charitables venus soigner son père. C'est une première conversion à Dieu. Mais sa véritable conversion se situe dans la nuit du 23 au 24 novembre 1654 où il se donne totalement au service du Seigneur qui vient de se révéler à lui avec puissance.
Tout en gardant son indépendance par rapport à Port-Royal, Pascal prend parti pour les jansénistes et publie dix-huit lettres connues sous le nom de Provinciales. Malade depuis fort longtemps, il meurt en 1662, laissant une apologie de la religion chrétienne non terminée, mais dont les éléments seront publiés en 1670 sous le titre de Pensées.
La lutte contre les jansénistes, un moment tempérée, reprend avec plus d'intensité lorsque Louis XIV exige la signature d'un Formulaire attestant la soumission aux doctrines de l'Eglise. Vis-à-vis de ceux ou de celles qui résistent on n'hésite pas à utiliser la force.
Une paix religieuse boiteuse s'établit lentement dans le royaume. Mais à quel prix ! Pourtant Louis XIV fait détruire bâtiments de Port-Royal-des-Champs en 1709.

II. - LE GALLICANISME.

Comme plusieurs autres nations européennes, la France veut connaître une certaine indépendance dans le domaine ecclésiastique. Louis XIV tend donc à limiter les pouvoirs du pape au profit de la royauté. Le conflit entre le roi de France et le pape dure vingt ans ; il est marqué, par la Déclaration des Quatre Articles (1682) qui justifie l'existence d'une Eglise gallicane. Comme le pape ne peut accepter cette quasi indépendance de l'Eglise de France, la crise se prolonge jusqu'en 1693 ; en fait elle ne se dénoue que par une solution de compromis.

Ill. - LE QUIETISME.

Cette doctrine a pour origine le prêtre espagnol Molinos qui recommande la parfaite quiétude de l'âme s'absorbant dans le "pur amour" de Dieu. Elle est propagée en France par Mme Guyon et touche des personnalités comme Mme de Maintenon et Fénelon.

IV. - LE PROTESTANTISME.

1. - Une dure épreuve.
L'Edit de Fontainebleau qui révoque l'Edit de Nantes n'est qu'un premier acte d'intolérance (1685). Il est suivi d'autres décrets et ordonnances qui aggravent la situation des réformés, entraînent pour les uns l'exil, pour d'autres les galères ou la prison.
Une ordonnance du 8 mars 1715 va jusqu'à dire qu'il n'y a plus de protestants en France " d'autant que le séjour qu'ils avaient fait dans le royaume depuis que tout exercice de la dite religion y avait été aboli, était une preuve plus que suffisante qu'ils avaient embrassé la religion catholique, sans quoi ils n'y auraient pas été soufferts ni tolérés ".
La révocation ne s'applique pas à l'Alsace, réunie au royaume de France par les traités de Westphalie ; néanmoins des interdictions et des mesures individuelles sont prises pour entraîner des conversions. De même dans le comté de Montbéliard, où le luthéranisme est légalement admis, l'exercice du culte est contrarié par divers procédés contraignants.
Les huguenots qui quittent la France après 1685 pensent pouvoir revenir à la faveur d'une victoire des alliés. Car le règne de Louis XIV est un temps de guerre qui met la France en une situation difficile. Mais le rétablissement du protestantisme en France n'est pas lié aux querelles internationales.

2. - L'Eglise du Désert.
Privés de leurs sanctuaires, les protestants les plus fervents organisent des cultes en pleine campagne (Assemblées du Désert) qui sont fréquemment découverts par les troupes royales : les prédicants ainsi capturés sont pendus (Claude Brousson, Fulcran Rey, Alexandre Roussel), les hommes envoyés comme forçats sur les galères et les femmes emprisonnées (Marie Durand à la Tour de Constance, à Aigues-Mortes).
Ce régime de terreur surexcite les passions religieuses, créant une névrose d'ordre mystique appelée "Prophétisme". Des hommes, des femmes et des enfants sans instruction s'improvisent prédicateurs ou "inspirés" pour consoler et affermir un peuple opprimé. Leur message, parfois incohérent, risque de faire sombrer le protestantisme dans l'illurninisrne.
Aussi un certain nombre de pasteurs de grande valeur doivent-ils se préoccuper de maintenir le culte par les Assemblées du Désert tout en freinant le prophétisrne.

3. - Les Camisards.
Les excés de la persécution et les tortures infligées à ceux qui sont capturés dans les assemblées provoquent une telle colère chez les paysans cévenols qu'ils se révoltent (Pont de Montvert 1702) et prennent les armes pour délivrer les prisonniers, protéger les assemblées et imposer par la force le rétablissement de l'Edit de Nantes. C'est une atroce guerre civile dite des "Camisards" qui dévaste les Hautes et Basses Cévennes. Deux grands chefs protestants : Rolland et Cavalier arrivent à tenir en échec des maréchaux de France comme Montrevel et Villars.
Les Camisards sont finalement vaincus ; mais leurs troupes désarmées restent longtemps redoutables.

 

THEMES DE TRAVAUX ET DE RECHERCHES.

1. Les Eglises persécutées sont appelées " Eglises sous la croix ". Quels sens faut-il donner à cette expression ? En quoi est-elle juste ?

2. Les Eglises sous la croix avaient l'habitude de frapper des médailles de plomb. Sur l'une de ces médailles on voit une Bible ouverte avec ces mots : " Ne crains pas petit troupeau ". Sur une autre on voit une barque secouée par la tempête avec ces mots : " Sauve-nous, Seigneur, nous périssons ". Quelles sont les références bibliques de ces paroles ? En quoi de telles paroles sont-elles une force pour des chrétiens persécutés ?


Documents :


UNE ASSEMBLEE SURPRISE DANS LES CEVENNES (1686)
Rapport de l'officier de Justice de Saint-Germain-de-Calberte

Ayant eu avis d'une assemblée aujourd'hui, 22 de ce mois d'avril, au fond de la rivière du Gardon en un lieu inaccessible où l'on ne peut aller qu'un à un parmi les rochers. Nous nous attachâmes à découvrir cette assemblée et à faire la capture du ministre. Avec 18 soldats nous sommes partis de Saint-Germain à 9 heures du soir. Ayant marché trois heures dans l'obscurité, approchant de l'assemblée, les soldats furent divisés en trois bandes. Et étant descendus par des rochers inaccessibles, nous, avec notre bande de neuf soldats, arrivés au pied de la montagne, nous découvrîmes diverses lampes à un endroit nommé Le Clauzelet, environné de rochers escarpés par le haut et la rivière en bas, où nous aperçûmes plusieurs lampes et petits feux et entendîmes prêcher le ministre à grande voix. A douze pas de l'assemblée seraient venus à nous sept à huit hommes criant - Qui va là ? en même temps le ministre cesse de prêcher et nous, poussant plus en avant, ils nous lâchèrent cinq coups de pistolet dont l'un traversa notre perruque. Et en même temps une autre troupe qui en avait l'ordre nous ayant entendu crier : Vive le Roi ! nous donnâmes tous ensemble et fut faite décharge par tous les soldats ; y ayant eu parmi les rebelles des morts, des blessés et des noyés ; ayant fait prisonniers néanmoins quatre hommes et dix femmes

1. Quelles précautions sont prises par les protestants pour rendre leurs assemblées secrètes ?
2. Que nous indique ce texte sur la dureté de ce combat ?


LETTRE DE ROLLAND-LAPORTE, CHEF CAMISARD, AU MARQUIS DE GANGES (13 août 1704)

Monsieur,

J'ai reçu la lettre que m'avez eu l'honneur de m'écrire et vu son contenu du désir que (vous) auriez d'une conférence... Je suis au désespoir de ne pouvoir (vous) accorder cette conférence, ayant des affaires sur les bras pressantes, mais par celle-ci j'ai l'honneur de vous prier de faire connaître que : mon but n'est autre que celui de soutenir jusqu'au dernier soupir de ma vie la gloire de Dieu, en soutenant ma chère religion et patrie ; bien loin d'attester aucune mauvaise action qui puisse troubler l'Etat, à Dieu ne plaise, mais de suivre la trace de mes anciens Pères qui n'ont jamais été respectés en rien. J'ai eu l'honneur de l'écrire à Monseigneur le Maréchal de Villars. Je me flatte que si le roi était pleinement informé de ma demande très respectueuse (il) voudrait de sa clémence m'accorder, et à mes frères, la liberté de rendre à Dieu ce qui lui est dû sous sa juste domination et peut-être que s'il était représenté par vous, Monsieur (à) supposé que vous voulussiez vous donner cette peine, il nous voudrait bien accorder cette grâce.

ROLLAND-LAPORTE.

1. D'après cette lettre, quel est le but de la lutte de ceux qu'on a appelé Camisards ? (car ils combattaient en bras de chemise)
2. Quels sont les sentiments des Camisards envers le roi ?


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